HONG-KONG Deux millions de manifestants

Dimanche 9 juin, un million de personnes ont manifesté à Hong Kong contre un projet de loi qui autoriserait les extraditions depuis Hong Kong vers la Chine continentale. 

Le 16 juin, ils étaient deux millions. 

Hong Kong, ancienne colonie britannique à la suite de la guerre de l’opium au XIXe siècle, a réintégré en 1997 la République populaire de Chine, dont elle fait historiquement partie, avec le statut de région administrative spéciale. 

Deux militants ouvriers chinois nous livrent leurs réflexions. 

« Nous appelons les travailleurs à cesser le travail »

La parole à Ming Lam, de la Confédération syndicale de Hong Kong HKCTU

Si la loi passe, cela permettrait que des résidents de Hong Kong soient jugés en Chine par des tribunaux dépendant directement des autorités de Pékin. Or, en Chine continentale, il n’y a pas de système judiciaire indépendant. La mise en place d’une procédure d’extradition ferait courir à tout le monde des risques de violation des droits de l’homme. 

Les personnes soupçonnées d’avoir commis un délit en Chine, mais qui résident aujourd’hui à Hong Kong, pourraient y être renvoyées. Et l’on sait qu’elles n’auraient pas droit à un procès équitable. C’est d’ailleurs l’une des principales raisons d’inquiétude pour les travailleurs à Hong Kong. Cela ne concerne pas seulement les militants, mais l’ensemble des travailleurs. Il faut comprendre qu’en Chine, il y a dix ou vingt ans, la corruption était très courante. Et cela perdure de nos jours. N’importe quel travailleur ou petit commerçant y est confronté en permanence… pour obtenir tel ou tel certificat ou autorisation, pour passer les douanes. Qu’il le veuille ou non, il n’a pas le choix : il est forcé de commettre un « crime ». 

Contrairement à ce que dit le gouvernement, qui annonce 240 000 manifestants, il y avait plus d’un million de personnes à la manifestation. Dans la soirée, le gouvernement a publié un communiqué dans lequel il explique qu’il avait entendu les inquiétudes et en avait tenu compte en proposant des amendements… avant même la manifestation. Mais, pour nous, ces amendements ne sont pas suffisants. Nous voulons le retrait de ce projet. Il sera présenté au conseil législatif de Hong Kong mercredi 12 juin. C’est pourquoi la HKCTU appelle l’ensemble de ses membres à organiser la mobilisation. Nous appelons l’ensemble des travailleurs à cesser le travail et à faire le siège du conseil législatif ce jour-là. 


« La centrale syndicale a été la force motrice » 

La parole à Apo Leung, militant ouvrier, membre du comité de suivi du Comité ouvrier international (COI) 

Les gens sont descendus manifester contre ce projet de loi. Le nombre était très important, il a dépassé nos attentes, cela montre que les citoyens de Hong Kong sont très en colère contre ce projet et exigent avec force qu’il soit retiré ou repoussé pour être rediscuté. Dans tous les cas, le gouvernement de Hong Kong et, bien sûr, le pouvoir à Pékin sont déterminés à faire passer cette loi lors de la prochaine session législative mercredi 12 juin. Donc nous pensons qu’il va y avoir encore plus de protestations, de manifestations et nous prévoyons une grève. 

Il y a beaucoup de travailleurs dans ce mouvement. Bien sûr, il y a beaucoup de gens, des enseignants, des travailleurs sociaux, les professions de la justice, des mères de famille, des jeunes. J’y étais. Et nous avons vu des gens de tous âges et origines sociales. La centrale syndicale HKCTU a été la force motrice de la mobilisation et de ces manifestations, et le sera encore pour les protestations de la semaine à venir. 

Nous ne savons pas l’impact exact de cette manifestation en Chine du fait de la censure, mais des travailleurs du continent sont également venus à Hong Kong le 4 juin* et le 9 juin. Bien sûr, ils vont devoir faire face à des conséquences à leur retour en Chine. 

Avec cette loi, il y aura le danger de pouvoir être arrêté et jugé en Chine, avec des procédures qui font peur car nous savons qu’il y a des procès fabriqués. Cela est évident avec ce qui s’est passé récemment pour des militants ouvriers. En particulier pour les ONG ouvrières et les travailleurs sociaux qui travaillent à Hong Kong et en Chine même. 

Nous attendons des déclarations de solidarité de votre part à adresser au gouvernement de Hong Kong. Il y a eu des manifestations de solidarité spontanée dans de nombreuses villes à travers le monde. S’il y en a à Paris, nous en serions satisfaits.  

* Date anniversaire du massacre des travailleurs et des étudiants sur la place Tian Anmen le 4 juin 1989