« MEURTRE SOCIAL… AU MINIMUM » Éditorial de La Tribune des travailleurs N°277, journal du POID (Parti ouvrier indépendant démocratique)

Par Daniel Gluckstein —

« Meurtre est un terme chargé d’émotion. D’un point de vue légal, il suppose la préméditation […]. Dans quelle mesure “meurtre” s’applique-t-il aux échecs des politiques de réponse à la pandémie ? Peut-être ne peut-il pas s’appliquer, peut-être ne s’appliquera-t-il jamais, mais cela mérite considération. »

Ainsi débute l’éditorial du British Medical Journal (BMJ) publié en début de mois.

Cette revue de médecine générale – fondée en 1840, elle est une des plus lues au monde – ne se contente pas de poser la question : « Quand des responsables politiques et des experts déclarent qu’ils veulent autoriser des dizaines de milliers de morts prématurées dans l’intérêt de l’immunisation de la population ou dans l’espoir de soutenir l’économie, est-ce qu’il n’y a pas indifférence préméditée et imprudente vis-à-vis de la vie humaine ? Si les échecs d’une politique conduisent à des confinements répétés et inopportuns, qui est responsable de l’augmentation des décès non liés au Covid qui en résultent ?
Quand des responsables politiques ignorent délibérément les avis scientifiques, l’expérience internationale et historique et même leurs propres statistiques alarmantes parce que cela va à l’encontre de leur stratégie politique ou de leur idéologie, est-ce que cela est légal ? ».

À ces questions, le directeur exécutif du BMJ répond :« Au minimum, le Covid-19 pourrait être qualifié de “meurtre social” (…). C’est le philosophe Friedrich Engels qui a inventé cette formule pour décrire le pouvoir politique et social exercé par l’élite dirigeante sur les classes ouvrières dans l’Angleterre du XIXe siècle. Son argumentation était que les conditions créées par les classes privilégiées conduisaient inévitablement à une mort prématurée et “non naturelle” parmi les classes les plus pauvres. »

Dénonçant « le meurtre social » perpétré par les gouvernants, le BMJ ne va pas jusqu’à appeler à en finir avec le capitalisme. Mais du strict point de vue de la démocratie politique qui est le sien, il souligne que « le meurtre social des peuples ne peut être ignoré » et que « les responsables politiques ont des comptes à rendre ».

Au moment où, en France, le nombre de décès dus au coronavirus ne cesse de croître ; alors que la déprogrammation hospitalière est sur le point de provoquer des milliers de morts supplémentaires hors Covid ; alors que les moyens de combattre le désastre – notamment l’ouverture de lits dans les services de réanimation et la production en masse de vaccins par une industrie socialisée et nationalisée – sont connus et techniquement possibles ; alors que le gouvernement Macron leur tourne le dos et s’en tient au seul service de la classe capitaliste avide de profits…
… la mesure démocratique la plus élémentaire ne serait-elle pas de chasser du pouvoir les responsables du « meurtre social » de masse ?

La révolte gronde. Les grèves se multiplient. Chaque jour plus nombreux, les doigts accusateurs désignent Macron et son gouvernement : « Dehors les responsables du “meurtre social” et de ses conséquences meurtrières dans tous les domaines ! »