BURUNDI Un recensement ? La classe ouvrière n’a pas d’ethnie

Assemblée de grève des enseignants au Burundi en août 2020.

Éditorial de Tribune libre des travailleurs ikinyamakuru c’abakozi, n°122, mensuel du Parti des travailleurs et de la démocratie-PTD « twungurunani »

L’impérialisme est toujours aux aguets pour poursuivre la démolition des forces productives à commencer par la classe ouvrière et ses organisations. C’est le 26 octobre 2020 qu’a commencé un recensement des fonctionnaires dans tout le pays comme l’avait annoncé la ministre de la Fonction publique. Cent neuf (109) questions posées aux travailleurs dans le cadre de ce recensement ! L’ethnie, le compte bancaire, l’appartenance syndicale, la géolocalisation, l’e-mail personnel et privé, le nombre d’enfants et les autres enfants pris en charge, la marque du téléphone portable, le montant du salaire et autres ressources de revenus… telle est une partie du champ couvert par ces questions. L’on se rappelle que lors de sa première émission publique, le président Ndayishimiye a jeté aux orties l’exigence constitutionnelle de déclaration des biens par les mandataires publics au début et à la fin de leur mandat, en déclarant que cela relève « du secret de tout un chacun ! »

Dans une conférence de presse animée le mardi 27 octobre dernier, les confédérations syndicales, Cosybu, CSB et Cossessona ont dénoncé un recensement qui porte atteinte à la vie privée des fonctionnaires. Pour le président de la Cosybu, Célestin Nsavyimana : « il est incompréhensible de demander au fonctionnaire à quel syndicat il appartient, s’il est satisfait ou pas, quels biens et sources de revenus dont il dispose… ce n’est pas normal ». De plus, ajoute-t-il, « Ton supérieur hiérarchique n’a pas le droit de le savoir ». Il affirme que ces questions remettent en cause la vie privée et la liberté syndicale. D’après lui, il s’agit de la violation des articles 19 et 37 de la constitution du Burundi et les conventions 87 et 98 de l’OIT qui consacrent le droit d’organisation et de négociation collective, la liberté syndicale et la protection du droit syndical. Beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes parmi les travailleurs. Selon un enseignant interrogé par le journal Iwacu la question de l’ethnie est la plus gênante. Pour lui, « Pour être recruté dans la fonction publique à ce que je sache, l’on regarde les compétences, pas l’ethnie. Cette question devrait intervenir dans la politique pas dans le travail. » Une autre femme travailleuse de l’Institut des statistiques et d’études économiques du Burundi (Isteebu) s’inquiétait sur certaines questions « bizarres », comme celle du salaire. « Qu’est-ce qu’ils veulent de notre salaire ? L’on peut penser qu’ils veulent soustraire une somme comme ils l’avaient fait pour les élections », s’interrogeait cette dame. La question concernant « la mutation » lui faisait peur aussi : « Si tu es mutée, dans quelle province tu n’aimerais pas aller ? » Une question-piège, estime-t-elle. « Je n’ai pas voulu répondre à cette question, mais mon recenseur m’y a obligée.»

Incroyable, en somme. Le travailleur, le fonctionnaire, dans ce cas-ci, n’est lié à son employeur (l’État) qu’à travers les relations de travail non individualisées et consignées dans le Code du travail, les conventions collectives et le statut général des fonctionnaires. Le fait de ce recensement traduit l’acharnement du gouvernement à remettre en cause les références communes aux travailleurs et qui font partie intégrante de ce qui constitue l’État est une menace contre la classe ouvrière qui est restée toujours soudée face aux divisions ethniques qui ont déchiré le pays qui continuent à y faire des ravages. Ces divisions, de manière cyclique, ont été poussées jusqu’aux guerres ethniques contre les travailleurs, les paysans et les jeunes qui sont unifiés par les conditions de misère et d’absence d’un minimum de libertés démocratiques qui leur sont imposées par l’impérialisme. Ces conditions sont liées à la mise en oeuvre des politiques du capital sous l’égide des puissances, de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de l’Union européenne qui impulsent des politiques de privatisations-pillage des différentes ressources du pays et le remboursement de la dette externe.

Les intérêts de la classe ouvrière dans ce pays commandent le respect de ses droits consignés dans le Code du travail, les conventions collectives, le statut général des fonctionnaires et les Conventions de l’OIT que le gouvernement du Burundi a ratifiées. Ils commandent la mise en oeuvre d’un vaste programme des travaux publics pour en finir avec le chômage et l’augmentation généralisée des salaires indexée au coût de la vie. Ils commandent la rupture avec l’impérialisme par la renationalisation de tous les services et secteurs qui ont été privatisés et la nationalisation de toutes les richesses et ressources du pays.