THAÏLANDE « Le peuple veut une réforme politique, et le premier pas, c’est de chasser la junte militaire »

Assemblée d’étudiants sur le campus de l’université de Maha Sarakham (nord-est du pays)

Entretien avec des étudiants du Front uni pour la démocratie de l’université de Maha Sarakham (province du nord-est du pays)

Comment le mouvement de masse pour la démocratie a commencé ?

Il a commencé chez les étudiants et les jeunes. Le régime militaire en place depuis 2014 (1) a imposé une période sombre pour le mouvement démocratique. Les « flash mob » de février 2020 (2) ont donné un espoir nouveau. La deuxième étape de la mobilisation a eu lieu pendant l’été 2020, où de nouvelles couches d’étudiants et de jeunes se sont mobilisées, contredisant une idée reçue selon laquelle la jeunesse était largement apolitique.

Qui participe au mouvement ?

Des étudiants, des jeunes, des travailleurs, des travailleurs de la « classe moyenne ».

Quels sont les mots d’ordre ?

Nous demandons la démission du Premier ministre, le général Prayuth Chan-o-cha, et que le peuple puisse réécrire la Constitution, pour restreindre le pouvoir des institutions monarchiques.

Comment vous êtes-vous organisés dans votre université pour constituer le Front uni pour la démocratie de l’université de Maha Sarakham ?

Nous avons coopéré entre différents groupes d’étudiants et tous ces groupes ont décidé de travailler ensemble dans le cadre du Front uni pour la démocratie. Au point de départ de ce regroupement, il y avait des étudiants conscients politiquement, qui avaient dû lutter extrêmement dur pour exprimer leur point de vue. À l’université il n’y avait aucun espace pour pouvoir débattre et pour que s’exprime notre mouvement. Nous sommes des jeunes intellectuels, nous ne pouvons pas nous contenter de lire des livres et de discuter en petits groupes. Nous aspirions à faire quelque chose qui puisse bousculer l’élite pour conquérir une vie meilleure.

Quelles sont les aspirations populaires concernant le gouvernement et la monarchie ?

Le peuple demande une réforme politique, et le premier pas, c’est de chasser le Conseil national pour la paix et l’ordre (la junte militaire – ndlr). La junte doit être exclue de la vie politique et le Premier ministre doit démissionner. Le deuxième pas consiste à réformer la monarchie, parce que la monarchie thaïe contrôle toute la vie politique à travers l’armée, la bourgeoisie, le clergé bouddhiste et la bureaucratie : ses pouvoirs doivent être restreints, et la monarchie soumise à la Constitution.

Y a-t-il des courants qui revendiquent l’instauration d’une république ?

Il y a des groupes qui réclament une république, mais ils sont très minoritaires dans le mouvement.

Quelles sont les conséquences de la crise mondiale du système capitaliste ?

Les conséquences sont les licenciements massifs qui frappent les travailleurs de la classe moyenne ; et les prix des produits agricoles sont en chute libre compte tenu des effets de la guerre commerciale globale et du capitalisme.

Quelle est la situation des travailleurs dans le secteur informel ?

Il y a une grande inquiétude car, pour le gouvernement, il n’est pas question de mettre en place un quelconque État-providence qui pourrait leur donner des droits, et l’État les laisse dans le désespoir.

Les travailleurs disposent-ils d’organisations syndicales ?

Le mouvement syndical en Thaïlande est très faible, et dans de nombreux cas, les syndicats existants restent sous la coupe de la bourgeoisie.

Quelles sont les conséquences de la pandémie de Covid-19 ?

La récession économique, les licenciements, la hausse du chômage. Tout cela augmente le mécontentement à l’encontre du gouvernement, et nourrit les protestations.

Quelle est la situation dans les hôpitaux ?

Le gouvernement a fait des coupes dans les budgets de la santé publique.

Propos recueillis par D. F., le 15 novembre 2020

(1) En 2014, un énième coup d’État militaire met fin au gouvernement civil. Le général Prayuth Chan-o-cha devient Premier ministre.