HONG KONG / CHINE « 100 nouveaux syndicats se sont constitués »

Ming Lam Cho est militant de la Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU). Il verse ces informations sur la situation à Hong Kong et le renforcement des syndicats ouvriers depuis la grève générale du mois d’août comme une contribution à la préparation de la conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation de novembre prochain.

La bannière de la confédération syndicale de Hong Kong

Hong Kong est dans une situation très critique. Ces derniers jours, il y a eu le premier cas de contamination « interne », c’est-à-dire par une personne qui n’a pas voyagé en Chine continentale. La HKCTU et de nombreux syndicats ont demandé la fermeture complète de la frontière avec la Chine, mais le gouvernement de Hong Kong s’y refuse pour des raisons politiques. Il y a donc toujours des personnes qui reviennent de la Chine continentale vers Hong Kong. 

Les syndicats du personnel médical des hôpitaux publics ont appelé à la grève. Ils exigeaient la fermeture complète de la frontière ainsi que des fournitures en matériel de protection (tels que des masques) pour lesquels il y a une véritable pénurie. Le personnel est obligé de se les acheter lui-même. C’est ridicule pour un endroit développé comme Hong Kong.

Il y a eu plus de 6 000 grévistes. La grève a duré cinq jours, du 3 au 7 février. C’est ce qui a amené le gouvernement à mettre en place les mesures de quarantaine de quatorze jours. Mais comme personne n’en contrôle le respect, cette mesure n’est pas effective. De plus, la frontière reste ouverte à au moins trois endroits, dont l’aéroport. Si le gouvernement ne prend pas d’urgence les mesures nécessaires pour assurer l’approvisionnement en matériel médical de protection, les syndicats n’excluent pas un nouvel appel à la grève.

Depuis la grève générale du mois d’août, nombreux ont été les travailleurs à se retrouver en butte à la répression. Dans le même temps, il y avait des secteurs très mobilisés lors des grèves et des manifestations qui n’étaient pourtant pas organisées. Depuis cette période, ce sont plus de 100 nouveaux syndicats qui se sont constitués, comme dans le secteur de la finance, des assurances, des comptables, du personnel des hôtels ou des guides touristiques. Les travailleurs ont compris que la grève est un instrument politique, un moyen pour obtenir un changement. 

L’étendue de ce mouvement, comme le fait que les griefs de la population contre le gouvernement restent si forts, nous a nous-même surpris. Nous déployons beaucoup d’efforts pour aider à ce que les travailleurs puissent s’organiser. Et nous accueillons avec bonheur tous ces nouveaux syndicats, qu’ils s’affilient à la HKCTU ou pas. C’est très important : de nombreux travailleurs s’organisent avec l’objectif de pouvoir lancer une nouvelle grève générale durable dans le futur. Ce n’est pas simplement une question à court terme, pour se protéger. Des travailleurs constituent leurs syndicats et établissent des plans, parfois sur deux ou trois ans, pour gagner la majorité de leurs collègues au syndicat. Les travailleurs voient à nouveau la grève comme un moyen au service d’objectifs politiques.

Propos recueillis le 13 février