ALGÉRIE « Pour la libération de tous les détenus politiques » La parole à Maître Salah Dabouz, avocat

Maître Salah Dabouz, qui défendait notamment Kamel Eddine Fekhar (décédé en détention le 28 mai après plus de cinquante jours de grève de la faim), a pris la parole le 14 juin, place Audin, devant plusieurs centaines de personnes qui assistaient, avant la marche du vendredi, à un meeting en plein air contre la répression, pour la libération des détenus d’opinion et pour les libertés démocratiques. Minbar El Oummel l’a interviewé. 

La campagne internationale se poursuit
De l’État espagnol, de nombreux militants et organisations soutiennent l’appel de 51militants ouvriers des États-Unis « pour la libération de tous les détenus politiques en Algérie ». Citons notamment : les syndicats ELA-ESK-LAB-UGT du métro de Bilbao (Pays basque), le collectif M15M Bizkaia, la huitième assemblée nationale de Goldatu (l’association des prisonniers et réprimés basques lors de la dictature franquiste) et vingt militants politiques et syndicaux de toutes tendances.

Pourquoi avoir contribué à la constitution du « réseau contre la répression, pour la libération des détenus d’opinion et pour les libertés démocratiques* » ? 

Comme vous-même l’avez constaté, les forces militantes se dispersaient quand il fallait s’unir pour mieux se battre. J’ai d’ailleurs dit au rassemblement pour la libération de Louisa Hanoune qu’il fallait élargir le combat aux autres détenus et s’unir. Quand votre camarade m’a proposé d’en faire partie, je n’ai pas hésité. Je ne suis pas un avocat de dossiers, mais de la cause des libertés. 

Peu de gens savent que vous avez été arrêté et que vous êtes sous contrôle judiciaire ? 

C’était au début de la révolution. On m’a arrêté dans un restaurant, près de mon cabinet. On m’a transporté jusqu’à la ville de Ghardaïa, à 700 kilomètres d’Alger. 

C’était à la demande du procureur qui cherche à m’impliquer dans le dossier de mes clients. J’ai été libéré grâce à la réaction de mes confrères, mais je suis sous contrôle judiciaire, obligé de me rendre à Ghardaïa deux fois par semaine. Mon travail de défenseur en souffre. 

Dans votre prise de parole, vous avez dit qu’il fallait « aider le régime à partir ». Qu’avez-vous voulu envoyer comme message ? 

Le hirak (mouvement populaire – ndlr) n’a pas confiance dans ce pouvoir. Le peuple a une grande expérience : il sait que le pouvoir n’a pas de parole. Sinon, comment expliquer qu’on laisse mourir un homme à qui on ne reproche que ses opinions ? En 2019, un homme peut-il encore mourir pour ses idées ? L’Algérie nouvelle se construira lorsque nous aurons aidé le régime à prendre la porte.  

Propos recueillis par Chafik Amara pour Minbar El Oummel 

* Le réseau, constitué par des militants des droits démocratiques et des militants politiques de diverses appartenances (PT, PST, MDS, COSI), a décidé d’appeler à un nouveau rassemblement vendredi 21 juin, place Maurice-Audin, à Alger.