BIÉLORUSSIE « L’issue de la lutte contre la dictature dépend de la classe ouvrière » Entretien avec un membre du comité de grève de l’usine Remontajstroï de la ville de Soligorsk

Nos correspondants nous ont transmis cet entretien paru le 18 octobre dans le bulletin Polymïa (La flamme), qui précise : « Les yeux des manifestants sont rivés sur les entreprises. Rares sont ceux qui contestent que l’issue de la lutte contre la dictature dépende de la classe ouvrière. Soligorsk, la “capitale des mineurs” (des mines de potasse exploitées par l’entreprise Belaruskali – ndlr) concentre tous les espoirs. » 

Comment a été constitué votre comité de grève ? 

Notre usine d’entretien des structures métalliques travaille en sous-traitance pour Belaruskali. Le comité de grève est né de la coordination du syndicat indépendant et d’initiatives de travailleurs qui avaient lu sur Internet comment constituer un comité de grève. Le comité a été constitué bien après le début de la grève, car celle-ci a eu un caractère spontané.

Votre comité de grève représente-t-il la majorité des travailleurs ? 

Oui : la majorité de ceux qui, après l’élection présidentielle du 9 août et les protestations qui ont suivi, ont exprimé leur refus de la répression policière (contre les manifestants qui contestaient la réélection du président Loukachenko à plus de 80 % des voix – ndlr). Certains collègues ont reconnu avoir voté Loukachenko, mais étaient indignés par la terreur policière. Avec le temps et le poids de la propagande d’État en boucle à la télévision, il a fallu démentir auprès des collègues que le comité était favorable à des revendications nationalistes et autres mensonges répandus par la télévision officielle. 

Quelles sont les revendications des travailleurs ? Ont-ils confiance dans les dirigeants de l’opposition propulsés par les médias (Tikhanovskaïa, Kolesnikova, Latouchko, etc.) ?

Les revendications du comité de grève sont les revendications démocratiques avancées par toute l’opposition libérale. Lorsque des revendications ouvrières ont été proposées, certains ont dit que ce n’était pas à l’ordre du jour. Les travailleurs ont des avis divers sur les dirigeants de l’opposition libérale mais en règle générale ils ne sont pas très chauds. 

Quels sont le rôle des syndicats indépendants et la position du syndicat « officiel » (c’est-à-dire intégré au régime – ndlr) ?

Dans notre usine, le syndicat indépendant, d’une part, et l’encadrement, favorable à l’opposition, de l’autre, ont été l’épine dorsale de l’organisation de la grève. Au début, le syndicat « officiel » ne s’y est pas opposé, car les collègues étaient tous indignés. Le premier jour, le représentant du syndicat officiel de l’usine a voté la grève et nous a même soutenus, s’inscrivant comme gréviste, alors que nous avancions des revendications politiques et que beaucoup maudissaient son syndicat. Plus tard, nous ne l’avons plus revu : les ordres de combattre la grève, tombés d’en haut, étaient passés par là.

Et les autres comités de grève ? 

Ils ont été constitués en août dans la plupart des entreprises en grève. Le local syndical était pris d’assaut par les ouvriers qui voulaient qu’on les aide à organiser la grève et à constituer leurs comités de grève. Celui des mineurs de Belaruskali, naturellement, est devenu l’un des plus importants et des plus organisés, et il l’est toujours. Le pouvoir a concentré ses coups contre lui : ainsi, l’un de ses dirigeants les plus actifs, Anatoly Bokoun, a été emprisonné d’abord vingt-cinq jours, puis quinze jours. Pas un dirigeant de comité de grève n’a échappé à la prison ! Malgré la répression, les ouvriers continuent bon an mal an à soutenir la grève. Un tiers des mineurs a refusé de remonter à la surface, s’enchaînant au fond de la mine. Et les mineurs ont récemment formulé, en plus des revendications politiques, des revendications économiques : meilleures conditions de travail et augmentation des salaires.

Quelles sont les perspectives ?

Les perspectives de la lutte ouvrière se sont considérablement améliorées. Il y a quelques mois, « grève » ou « comité de grève » faisaient référence à un passé lointain. Aujourd’hui, tous les travailleurs savent ce qu’est une grève et ils y ont participé. Mais ne nous gargarisons pas : les prochaines grèves, sur des revendications purement sociales, ne seront pas aussi faciles. Car cette grève politique a été lancée, tant par les ouvriers que par l’encadrement. Or, sans syndicats, la classe ouvrière n’est pas organisée et lorsque les revendications ne représenteront que nos propres intérêts comme classe ouvrière, nous trouverons sur notre chemin l’opposition des ingénieurs et des cadres. La capacité des travailleurs à se mettre en mouvement est déterminante : dans le pays, le 7 août, personne ne pouvait imaginer que dix jours plus tard nous serions tous en grève. Notre tâche, comme communistes, est de nous préparer à tout moment à de tels tournants brusques, en utilisant syndicats, organisations et partis prêts à servir les travailleurs.