CHINE /HONG KONG Nouvelles menaces contre les droits ouvriers et démocratiques Interview de Cho Ming Lam, militant ouvrier

Quelle est la situation à Hong Kong ?

La crise du Covid-19 a vu se développer une importante offensive contre les droits ouvriers et les libertés démocratiques. Comme ailleurs dans le monde, les conditions de licenciements sont rendues plus « flexibles ». Dans le même temps, en plus de l’interdiction des rassemblements, la surveillance de la population s’aggrave grâce aux nouvelles technologies. Les habitants sont de plus en plus « pistés » au nom de la lutte contre le virus.

Peux-tu illustrer cette offensive ?

Le 4 juin est l’anniversaire de la répression de la place Tian’anmen (en 1989 – ndlr). Pour la première fois depuis trente ans, le gouvernement de la région autonome spéciale de Hong Kong (1) avait interdit les rassemblements. L’Alliance de Hong Kong, en soutien aux mouvements démocratiques et patriotiques de Chine, qui organise la veillée aux chandelles chaque année a maintenu son appel à se rassembler partout où cela était possible. Le 4 juin, la police avait dressé des barricades autour de Victoria Park, lieu traditionnel du rassemblement. La foule a submergé les barrières et plus de 10 000 personnes ont pu se rassembler sur place, des milliers d’autres se rassemblant dans cinq ou six autres endroits. La police a ensuite arrêté quinze membres de l’Alliance pour incitation à un rassemblement non autorisé. Le camarade Lee Cheuk Yan (secrétaire général de la Hong Kong Confederation of Trade Unions – ndlr) est aujourd’hui sous le coup de multiples procédures pour rassemblement non autorisé, incitation à de tels rassemblements et même pour incitation à l’incitation à un rassemblement non autorisé.

Et le projet de loi sur la sécurité nationale ?

Le gouvernement de Pékin veut faire adopter sa loi sur la sécurité nationale très prochainement. On n’en connaît toujours pas les détails, mais la loi pourrait être adoptée dès la fin de la semaine, en tout cas d’ici à un mois ou deux (2). Cette loi est particulièrement grave : tout militant pourrait être accusé de « subversion », accusation pour laquelle la peine minimale est de dix ans de prison. La loi vise également les « interventions étrangères ». Je suis inquiet que cela puisse viser la solidarité internationale du mouvement ouvrier.

Propos recueillis par Guillaume Thenoz, le 15 juin 2020

(1) Gouvernement « autonome » qui est lié au gouvernement central de la République populaire de Chine.