ÉTATS-UNIS « Le peuple américain ne veut pas entrer en guerre ! » Interview de Nancy Wohlforth, co-présidente de US Labor against the war

« US Labor Against the War », « mouvement ouvrier amé­ricain contre la guerre » est une coalition d’organisations syndi­cales représentant 2 millions de syndiqués, constituée à la veille de l’invasion américaine de l’Irak. Nancy Wohlforth a exercé des responsabilités nationales dans le syndicat des employés OPEIU, et a été membre de l’exécutif national de la confédération syndicale améri­caine AFL-CIO. [NDR]

Donald Trump a mis le monde entier au bord d’une guerre contre l’Iran. Comment analyses-tu ce qui vient de se passer ?

— Trump a engagé cette escalade guerrière après s’être retiré unilatéralement de l’accord avec l’Iran sur les armes nucléaires. Il est rapidement devenu très clair qu’il voulait la guerre. 

Le bombardement des camps de militants au nord de l’Irak le 29 décembre était une provocation qui a précipité une crise majeure, qui nous a amené au bord d’une guerre ouverte avec l’Iran. Cette situation était d’autant plus terrifiante que nous avons à la Maison Blanche un véritable cinglé qui a le contrôle sur l’utilisation de l’arme nucléaire.

Remarquons au passage que cette crise autour de l’Iran ces trois dernières semaines visait également à détourner l’attention de la procédure de destitution (« impeachment ») en cours contre Trump.

Ceci étant dit, Trump, pour l’instant du moins, a dû reculer. Le peuple américain ne veut pas entrer en guerre. C’est ce qui s’est exprimé dans différents sondages, mais aussi au travers de la réaction rapide d’un mouve­ment anti-guerre uni, qui est descendu dans la rue le 4 janvier dans 90 villes des États-Unis, réunissant des dizaines de milliers de personnes qui exigeaient : « Non à la guerre contre l’Iran ! Retour immédiat de toutes les troupes américaines ! »

Mais le danger d’une guerre majeure n’a pas disparu. Trump est si instable qu’il pour­rait organiser une nouvelle provocation n’im­porte quand.

Et il faut que nous donnions une autre dimension à cette bataille contre la guerre en Iran : je veux parler des sanctions économi­ques contre les exportations de pétrole de l’Iran vers l’Europe et ailleurs. Ces sanctions, qui sont soutenues tant par les élus démocra­tes que républicains au Parlement, ont dévas­té l’économie iranienne, au détriment en particulier des femmes et des enfants dans les couches les plus pauvres. Le nombre de morts comme produit direct de ces sanctions reste inconnu.

Beaucoup de parlementaires espèrent que le Congrès (le parlement des États-Unis) va exiger que soit respecté son pouvoir de décision concernant une décla­ration de guerre, et mettre ainsi Trump sous contrôle. Qu’en penses-tu ?

Étant donné que c’est un fou qui est à la barre, on peut comprendre qu’élus et mili­tants cherchent tous les moyens de mettre Trump sous contrôle. Mais il faut dire qu’une telle situation ne devrait pas exister. Une seule personne, à quelque parti qu’elle appar­tienne, ne devrait pas avoir tout pouvoir de lancer une guerre contre un pays comme l’Iran.

Cependant rendre le pouvoir de décision sur la guerre au Parlement ne résoudra pas le problème. Les États-Unis ont lancé leur guerre contre l’Irak en 2003 avec l’approba­tion de la grande majorité du Congrès améri­cain. Il n’ y a eu que quelques voix dissi­dentes pour s’élever contre cette déci­sion, à savoir la députée Barbara Lee et le sénateur Bernie Sanders. Des millions de gens sont morts ou ont été chassés de chez eux par la guerre contre l’Irak suite à un vote du Congrès.

La seule façon d’arrêter ces guerres et interventions militaires des États-Unis, c’est de fermer toutes les bases américaines dans le monde, de rapatrier immédiatement toutes les troupes américaines, de réduire de façon drastique le budget militaire, et de revenir à une économie pacifique ici chez nous, avec une période de transition adéquate pour en finir avec le complexe militaro-industriel.

US Labor Against the War a été réac­tivé récemment. Vous participez active­ment à la préparation de la journée d’ac­tion mondiale contre la guerre en Iran du 25 janvier. Pourrais-tu nous en dire plus ?

Nous avons un nouveau groupe de syndicalistes, plus jeunes, qui partici­pent à la direction de USLAW et à son animation. C’est très important. La se­maine dernière, nous avons participé à une conférence de réflexion collec­tive qui a regroupé 1 200 participants. Nous avons rédigé un projet de résolu­tion contre la guerre en Iran qui pourra être utilisé par tous les syndicats affi­liés à USLAW. J’ai appris que ce pro­jet de résolution venait d’être adopté par le San Francisco Labor Council (lire en encadré – Ndlr).

À présent nous préparons active­ment la journée mondiale contre la guerre du 25 janvier, qui est organisée dans l’unité par le mouvement anti-guerre, ce qui est très encourageant. Même si le danger immédiat d’une guerre ouverte s’est réduit, nous atten­dons une importante participation à cette manifestation ici à Washington, car les gens comprennent que le gou­vernement américain pourrait lancer une nouvelle guerre sur n’importe quel continent n’importe quand.

J’espère que le Comité ouvrier international contre la guerre et l’ex­ploitation, pour l’Internationale ou­vrière, fera largement connaître cette journée d’action contre la guerre, et que syndicats et coalitions anti-guerre prendront des initiatives et organise­ront les actions qui leur sembleront adéquates.

Toi-même, tu soutiens ce Comité ouvrier international, et tu as signé l’appel à la conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation (Paris, 5-6 novembre 2020). Parle-nous cette initiative ?

L’appel à cette conférence a été contresigné par des syndicaliste et des organisations politiques d’horizons divers dans plus de cinquante pays. Elle sera un cadre de regroupement pour organiser une riposte unie contre la guerre, l’exploitation et le travail précaire, et les traités de libre com­merce sur tous les continents.

Plus que jamais nous avons besoin de l’unité pour mettre en échec les fau­teurs de guerre et les exploiteurs. Nous devons dès maintenant nous or­ganiser pour convaincre nos syndicats et organisations de soutenir cette conférence mondiale et de lever les fonds pour y envoyer les délégations les plus larges. ■

Propos recueillis le 16 janvier
par Alan Benjamin

* US Labor Against the War : « mouvement ouvrier amé­ricain contre la guerre », coalition d’organisations syndi­cales (représentant 2 millions de syndiqués) constituée à la veille de l’invasion américaine de l’Irak. Nancy Wohlforth a exercé des responsabilités nationales dans le syndicat des employés OPEIU, et a été membre de l’exécutif national de la confédération syndicale améri­caine AFL-CIO.


Résolution de soutien au nouveau mouvement pour la paix, contre la guerre

Considérant que le Président Trump a mis le monde entier en alerte et conduit les États-Unis au seuil de la guerre en raison de l’assassinat du général iranien Qasem Soleimanin, un acte irresponsable,

Considérant que le Président Trump a menacé de lancer une attaque contre les sites culturels Iraniens, ce qui consti­tuerait un crime de guerre si cette menace était suivie d’effet, 

Considérant que l’administration Trump a approuvé récemment un budget militaire qui, avec ses 738 milliards de dollars, dépasse la somme totale des budgets militaires cumulés de tous les pays du monde et cela en dépit du combat incessant des travailleurs pour la couverture santé, le logement et de meilleurs salaires,

Considérant que selon le Wall Street Journal, les États-Unis sous les gouvernements Démocrates et Républicains ont consacré plus de 5 600 milliards de dollars à la participation aux conflits consécutifs aux attentats du 11 septembre 2001,

Considérant les dommages incalculables causés au Proche-Orient avec la perte de centaines de milliers de vies humaines dont une vaste majorité de citoyens Irakiens innocents, 

Considérant que les organisations syndicales, voix de la classe ouvrière organisée poursuivent leur combat pour une économie plus digne et plus juste, pour les droits civiques, pour la justice sociale, l’égalité raciale et une vraie démo­cratie, ici chez nous,

Considérant que l’ AFL-CIO a par deux fois adopté des résolutions contre la guerre lors de ses conventions natio­nales et mis en rapport les coûts de la guerre et la nécessité de financer les besoins des travailleurs; 

Considérant que US Labor Against the War, une organisation nationale constituée de syndicats et d’autres organisa­tions du mouvement ouvrier constituée en janvier 2003 afin de s’opposer aux menaces de guerre en Irak par le Président George Bush, a contribué à l’adoption en 2005 de la résolution historique lors de la convention nationale de l’AFL-CIO,

Considérant que dans plus de 90 villes des États-Unis, des milliers de personnes sont descendues dans la rue le 4 janvier 2020 pour clamer leur exigence “Non à la guerre en Iran ”, créant ainsi les conditions permettant l’appari­tion d’un nouveau mouvement anti-guerre,

Il est décidé que le Conseil du Travail de San Francisco reprend à son compte la résolution 50 adoptée par l’ AFL-CIO lors de sa convention nationale de 2017 qui se prononce pour une politique étrangère fondée sur la solidarité ouvrière internationale, la souveraineté nationale ainsi que le respect mutuel entre toutes les nations et en appelle au Président et au Congrès des États-Unis pour n’utiliser la guerre que véritablement en derniers recours dans le domaine des relations internationales et chercher toutes les possibilités de paix et la réconciliation,

Enfin, le Conseil du travail de San Francisco décide de s’associer à l’appel pour une journée mondiale contre la guerre – Non à la guerre contre l’Iran! – le samedi 25 janvier 2020 et invitera tous ses délégués à y participer.