CATALOGNE Une marée humaine contre la répression et pour la République

À tous ceux qui annonçaient qu’elle était morte et enterrée, la marée humaine qui a déferlé a répondu : la République catalane est toujours là ! 

Le 14 octobre, neuf dirigeants catalans ont été condamnés à des peines allant de neuf à treize ans de prison pour « sédition ». Une condamnation décidée par le Tribunal suprême et au nom d’un Code pénal, qui sont l’héritage de la dictature de Franco, tout comme la monarchie et sa Constitution de 1978. 

Ce verdict a provoqué une immense colère, qui s’est vite transformée en manifestations de masse, à l’appel des Comités de défense de la République (CDR) et des associations comme l’Assemblée nationale catalane (ANC) ou l’Omnium Cultural. Dès le 17 octobre, le syndicat des étudiants a lancé un mot d’ordre de grève. La marée humaine a culminé le 18 octobre à Barcelone, jour de grève générale lancée par les syndicats « minoritaires ». Les directions des Commissions ouvrières et de l’UGT ont refusé d’y appeler, tout en « laissant leurs adhérents libres d’y participer », de peur d’être en total porte-à-faux avec leurs propres adhérents. 

Des cortèges à perte de vue, sur les routes, les autoroutes et déferlant, enfin, dans Barcelone, arborent banderoles et pancartes : « Autodétermination », « Stop à la répression », « Libération des prisonniers politiques », « Indépendance », « République », « Nous n’avons pas peur ». Des groupes de jeunes, souvent animés par les CDR, coupent les routes, bloquent les péages. Plus d’un demi-million de manifestants à Barcelone, avec les dockers en grève qui paralysent le port, mais également la grève dans les lycées, les transports et l’industrie. Les étudiants en cortège arrivent avec une banderole « République catalane ». On scande : « Nous n’oublions pas le 1er octobre », « Liberté », « Pour la République catalane du peuple, de la jeunesse », « Nous le referons », en allusion au référendum du 1er octobre 2017, par lequel le peuple catalan a exprimé sa volonté de vivre en République. C’est d’ailleurs pour faire payer ce « crime » du 1er octobre que les neuf dirigeants ont été condamnés. À l’issue des prises de parole en fin de manifestation, la foule scande « Grève générale ! », « Indépendance maintenant ! ». Elle acclame la lecture de la lettre envoyée de sa prison par Jordi Cuixart, ancien président de Omnium Cultural, qui se conclut ainsi : « En avant, vive la liberté, vive la République ! » La réponse de la monarchie et du gouvernement « socialiste » de Pedro Sanchez est sans appel : la police comme les Mossos d’Esquadra (la police autonome catalane) chargent et répriment. On relève plus de 110 blessés. 

Mais cette fois, dans tout l’État espagnol, la solidarité des travailleurs et des peuples s’est exprimée. À Madrid, dès le 16 octobre, à l’occasion de la manifestation des retraités qui défilaient par milliers pour la revalorisation de leurs pensions, on notait de nombreux drapeaux catalans, basques et républicains. Puis, dans les jours qui suivirent, d’imposantes manifestations eurent lieu à Bilbao et Donostia au Pays basque, mais aussi en Andalousie, etc. 

Cette nouvelle phase du soulèvement du peuple catalan contre la monarchie issue du franquisme amène, en retour, toutes les forces à se regrouper pour la défense des institutions de 1978. Dès l’annonce de la condamnation, le chef du gouvernement et du Parti « socialiste », Pedro Sanchez, osait déclarer que « personne n’avait été condamné pour ses idées ». Trois jours plus tard, il félicitait la police pour le « maintien de l’ordre ». À sa droite, les partis comme le Partido Popular, Vox et Ciudadanos exigent une surenchère de répression. À « gauche », le dirigeant de Podemos, Iglesias, a indiqué à Sanchez qu’il pouvait compter su lui s’il s’agissait de « désenflammer » la situation. Le 19 octobre, Ada Colau, la maire de Barcelone, Roger Torrent, le président du Parlement catalan (membre de la Gauche républicaine, ERC), des représentants des Commission ouvrières (CCOO) et de l’UGT de Catalogne et du patronat, se proposaient de « trouver une solution démocratique au conflit ». Le lendemain, dirigeants des CCOO et de l’UGT, toujours avec le patronat, faisaient un pas de plus, avec un « manifeste unitaire : la Catalogne a besoin de stabilité politique, économique et sociale »*.

Mais la seule « solution démocratique » n’est-elle pas de reconnaître que le 1er octobre 2017 le peuple catalan a choisi de se libérer de la monarchie et de constituer sa République catalane, ouvrant la voie à l’union libre des républiques d’Espagne ? 

Correspondants

* Ce consensus contre le droit du peuple catalan va au-delà des frontières de la monarchie espagnole : dès le 6 novembre 2017, le président de la Commission européenne, Juncker, soutenait que « la solution réside dans l’ordre constitutionnel et judiciaire interne à l’Espagne », donnant son feu vert à la répression.