HAÏTI Vive le soulèvement du peuple pour la démocratie et la souveraineté !

Depuis deux semaines, les masses populaires descendent dans les rues de Port-au-Prince et des grandes villes pour en finir avec le gouvernement du président Jovenel Moïse, son parti PHTK et sa politique anti-ouvrière et antipopulaire. Les masses, et au premier rang les travailleurs, veulent en finir avec la vie chère et les mesures d’austérité dictées par le Fonds monétaire international à un gouvernement qui ne tient que grâce aux troupes d’occupation étrangères. Elles dénoncent le pillage par les hauts dignitaires de l’État des fonds de PetroCaribe, ce programme de vente de pétrole bon marché du gouvernement vénézuélien. Ces troupes d’occupation de l’ONU, la Minujusth, occupent Haïti depuis quinze ans et se sont mises en état d’alerte. 

Face à ce soulèvement populaire, le régime déchaîne la répression. L’hebdomadaire ouvrier et anti-impérialiste Haïti Liberté raconte : « À partir du vendredi 23 septembre, la mobilisation populaire pour le renversement du régime PHTK a pris sa vitesse de croisière. Une fois de plus, le peuple a démontré sa capacité et sa détermination à mener une offensive active pour essayer de changer les conditions dans lesquelles vivent les masses exploitées et délaissées. Ainsi, à la suite des différentes manifestations populaires, nombreux sont les militants qui sont victimes de la répression policière. » On compte déjà des dizaines de morts, indiquent les sources citées par Haïti Liberté. 

Mais comme la répression ne suffira pas contre tout un peuple, les grandes manœuvres ont commencé, sous l’égide des grandes puissances étrangères. Haïti Liberté raconte : « Une réunion a été organisée le lundi 30 septembre à Pétion-Ville entre le pouvoir et l’opposition sous l’ombrelle du Core Group composé de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies, des ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, du Canada, d’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de France, de l’Union européenne et du représentant spécial de l’Organisation des États américains (…). La vérité est que, pour les États-Unis, le peuple haïtien ne peut décider par lui-même d’élire un président de son choix voire de le répudier. » 

« Il peut arriver que le Core Group décide de lâcher Jovenel si le rapport de force l’y oblige, mais ce ne serait qu’une victoire encore apparente et trompeuse allant dans leur intérêt, mais pas au bénéfice du peuple haïtien puisque la politique qui sera appliquée sera sans doute celle de la continuité du PHTK sans le PHTK, de même que les dirigeants du pays continuent à perpétuer le duvaliérisme sans Duvalier », conclut Haïti Liberté

C’est toute la tragédie d’Haïti qui se concentre aujourd’hui dans ces événements : un pays où la révolution contre l’esclavage, commencée en 1791, avait proclamé la première République noire au monde en 1804, et qui n’a cessé d’être réprimé et opprimé par les grandes puissances impérialistes, hier la France et aujourd’hui les États-Unis. Comme le rappelle Haïti Liberté : « Il y a 33 ans, commençait le soulèvement contre le “président à vie” Jean-Claude Duvalier, dit Baby Doc (qui dirigea la dictature sanguinaire et pro-impérialiste en Haïti, à la suite de son père, de 1957 à 1986 – ndlr). Le 7 février 1986, il quittait Haïti à bord d’un avion C130 affrété par le gouvernement américain, sans oublier d’emporter à bord ses voitures de luxe. Son départ a marqué le début d’un nouveau chapitre de l’histoire haïtienne : celui où les masses de cette néo-colonie luttent pour la démocratie et la souveraineté contre la contre-révolution sanglante des classes dirigeantes locales et étrangères. Chaque victoire électorale des masses (1990, 2000) a été écrasée par un coup d’État suivi d’une occupation militaire étrangère (1991, 2004), jusqu’à ce que l’Empire change finalement de tactique en organisant frauduleusement l’élection de Martelly en 2011 puis de Jovenel en 2016(…). D’où les manifestations massives contre Jovenel Moïse, qui réclament aujourd’hui sa tête. »  

Avec nos correspondants de l’hebdomadaire Haïti Liberté, membre fondateur du Comité ouvrier international contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière (COI).