INDE « Les Cachemiris doivent voir rétablis leurs droits légitimes » Une lettre de Nambiath Vasudevan

Une lettre de Nambiath Vasudevan, militant syndical
et coordinateur du Comité international contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière (COI).

Le Cachemire a été intégré à l’Inde par le traité d’accession à l’Union indienne signé par celui qui était alors Prince du Cachemire et le gouvernement indien. L’Inde a accepté que le Cachemire bénéficie d’un statut particulier, qui a été garanti par l’article 370 de la constitution indienne. Le 5 août dernier, ce statut particulier a été abrogé par une loi du parlement, le gouvernement prétendant que, puisque l’Assemblée législative avait été dissoute il y a quelques mois, révoquer l’article 370 était un droit inhérent au parlement. Ainsi la suppression du statut spécifique n’a pas été validée par le peuple du Cachemire ni par ses représentants élus, contrairement à ce que stipule la constitution. 

L’abrogation soudaine de l’article 370, rappelant l’état d’urgence imposé en 1975, a fait craindre à tous les partis politiques — excepté le BJP — que si le parlement fait ainsi usage de son pouvoir de façon autoritaire, tout autre État de l’Inde peut être rétrogradé au rang de territoire de l’Union, ce qui signifierait la mort du fédéralisme. 

L’Inde est une union d’États. Le Cachemire était un État à part au sein de l’Union indienne, connu sous le nom de J & K (Jammu and Kashmir). Il comprend trois régions : la vallée du Cachemire, le Jummu, et Ladakh. La vallée du Cachemire est à majorité musulmane tandis que le Jammu est à majorité hindoue. 

Depuis le 5 août, J & K n’est plus un État en tant que tel. Il a été divisé et doit devenir territoire de l’Union avec sa propre assemblée. Le Ladakh n’en fera pas partie, il deviendra territoire de l’Union sans assemblée. En Inde tous les territoires de l’Union sont sous le contrôle direct du gouvernement fédéral. 

En 1947, le Pakistan et l’Inde se sont déchirés — et cela n’a pas cessé depuis — sur la question du Cachemire, et sur initiative de l’ONU a été établie une ligne de cessez-le-feu, le peuple se trouvant divisé de part et d’autre. 

Le Cachemire a été entraîné dans un conflit où certains revendiquent l’autonomie et d’autres l’indépendance, mais pour les Indiens qui ne vivent pas au Cachemire, il fait partie intégrante de l’Inde. Le BJP a toujours joué la carte de l’hindouisme en attisant le sentiment national sans se soucier des aspects humains. 

Depuis le 5 août, les réseaux de communication sont totalement coupés à l’intérieur du Cachemire et avec le reste du monde : plus de télévision, de téléphone fixe ou mobile, de liaisons Internet ou Facebook, plus de journaux, plus de moyens d’information. 

Les dirigeants et militants des principaux partis ont été arrêtés. Aucune date n’a été donnée pour leur libération ou par le rétablissement des communications. 

Puisque la sécurité du Cachemire relève maintenant de la responsabilité directe du gouvernement fédéral de l’Inde, on peut s’attendre à un regain de tension dans les zones frontalières, en particulier là où elles séparent les deux Cachemires, d’autant plus que deux pays revendiquent chacun la totalité du territoire. 

Ce regain de tension est aggravé par la création du Ladakh, qui a une frontière commune avec la Chine. L’Inde peut craindre une réaction négative de la Chine. La position de la Chine donne une nouvelle dimension au problème du Cachemire. 

On n’en saura plus sur la situation intérieure et sur la réaction du peuple du Cachemire après le 15 août, fête nationale de l’indépendance, où l’on espère un retour à la normale. Bien que le BJP ait la majorité absolue au parlement, le gouvernement fait face à une opposition résolue à l’utilisation de la force armée contre le peuple innocent du Cachemire. Le Cachemire est une zone hautement militarisée. Le conflit a déjà coûté la vie à plus de 40 000 personnes. Après les événements de 2016, des milliers de jeunes en ont été victimes, sans compter les militaires et les paramilitaires. Il semble bien qu’aucune issue positive ne se dessine au Cachemire. Si le gouvernement du BJP fomente le plan de créer des colonies hindoues et de distribuer la terre aux nouveaux arrivants dans l’intention manifeste de développer l’État, la résistance ne pourra que croître. Beaucoup redoutent que le Cachemire ne devienne un nouveau Kosovo ou une nouvelle Cisjordanie. 

Le mouvement ouvrier doit exiger que l’État de droit soit restauré, que le gouvernement libère tous les dirigeants et militants des partis politiques et des syndicats, lève l’interdiction des journaux, des moyens d’information, et rétablisse les communications. Les Cachemiris doivent avoir le droit légitime d’exprimer leurs opinions et de défendre leurs droits constitutionnels. Le gouvernement de l’Inde doit redonner au peuple du Cachemire les garanties prévues par la constitution. 

Enfin, les propos du Président Donald Trump selon lesquels le Premier ministre Modi lui aurait demandé de servir de médiateur n’ont pas été contredits par le Premier ministre malgré les demandes des dirigeants de l’opposition au parlement indien. Aux dernières nouvelles, l’administration américaine aurait retiré sa proposition… 