BRÉSIL Grève massive des enseignants et des étudiants

Des centaines de milliers de grévistes ont répondu à l’appel des organisations syndicales, le 15 mai, dans les écoles, les lycées et les universités brésiliennes. Ils ont envahi les rues de plus de 200 villes du pays (photo) contre les mesures brutales que vient d’annoncer le gouvernement Bolsonaro : réduction de 30 % du budget de l’enseignement public, suppressions massives des bourses de doctorat et de maîtrise.

Le 15 mai dans les grandes villes du Brésil

Cinq mois après son élection, Bolsonaro doit faire face aujourd’hui à une mobilisation sans précédent qui s’ajoute à celle contre la réforme des retraites. Toutes les centrales syndicales ont lancé, le 1er mai dernier, un appel à la grève générale pour le 14 juin prochain, pour le retrait de la réforme des retraites. 

Les déclarations haineuses de Bolsonaro contre les grévistes, traitant les manifestations de « trucs d’imbéciles » et les manifestants d’« idiots manipulés », ne risquent pas de calmer le jeu. « L’opposition au gouvernement prend une tournure de plus en plus politique et de masse », constate le sociologue universitaire Emir Sadir, chroniqueur de la revue Brésil 247

Comment infliger une défaite à Bolsonaro ? Dans le rassemblement des grévistes, les militants qui diffusent Jornal Resistir ont diffusé un tract qui se conclut ainsi : « Pour notre part, nous estimons que la solution réside dans la constitution, partout, de comités pour la grève générale, sur les lieux de travail, dans les quartiers, dans les écoles et les universités, et partout ailleurs. Les assemblées générales par entreprise et service peuvent inciter à la constitution de tels comités. Enseignants et élèves peuvent inviter les parents d’élèves à se joindre à eux. Dans les universités, par exemple, peuvent être constituées des “brigades pour la grève générale” pour organiser les assemblées, les tournées, les réunions de ville en ville afin d’informer, de convoquer et d’organiser des assemblées de grève pour le 14 juin. La grève générale doit être construite par la classe ouvrière et la jeunesse elles-mêmes. C’est la condition pour vaincre le gouvernement BolsonaroMourão et imposer le retrait du projet de réforme des retraites (PEC06/2019), récupérer les subventions publiques aux universités, porter un coup d’arrêt aux privatisations et empêcher le pays de marcher au désastre. »  

Correspondant 

Entendu… dans un bus bloqué
par les manifestations à São Paulo 

Renata, de retour de la manifestation, raconte: «J’ai pris le bus vers 17h30 et je suis arrivée chez moi à 21 heures tellement tout était bouché par la manifestation. » Coupes budgétaires dans l’éducation, avenir des enfants : la discussion s’est vite engagée avec les autres passagers. La dame à mes côtés est membre d’un groupe, « Fleurs de lotus », qu’elle décrit comme un groupe de « femmes résistantes». Elles sont allées deux fois à Curitiba, la ville où Lula (dirigeant du Parti des travailleurs) est emprisonné, pour participer au rassemblement permanent pour sa libération. Elle me montre des photos, rappelle la fois où des milices d’extrême droite ont incendié l’un de ces campements dans lequel dormaient des femmes et des enfants. Elle était à la manifestation des 150 000 sur l’avenue Pauliste (l’avenue principale de São Paulo). La jeune à côté de nous, elle, n’y était pas. Elle est un peu timide et c’est seulement après un certain temps qu’elle s’exprime: « C’est injuste ce qu’ils font à Lula. » Monte un vieux monsieur. Il me demande d’où je viens. Je lui réponds : « De la manifestation sur l’avenue Pauliste. » Il approuve: « Ces coupes budgétaires sont absurdes quand on voit toute cette richesse qui circule dans tout le pays. Bolsonaro ne gouverne que pour les grands propriétaires fonciers et le secteur financier. » Il m’explique qu’à cette heure tardive, et bien qu’il soit retraité, il sort seulement maintenant du travail. « Je ne veux pas de cette vie pour mes petits enfants ! » Un peu plus loin, une jeune fille monte dans le bus. « J’espère que vous n’êtes pas pressée », lui dit le chauffeur. Elle rit et tous les passagers du bus éclatent de rire avec elle. J’ai bavardé avec des personnes simples, mécontentes de la situation. Et, durant quelques heures, mon bus s’est transformé en une extension de l’avenue Pauliste.  

Entendu… dans un bistro
à la fin de la manifestation 

Carminha raconte : « La télévision est allumée, branchée sur la chaîne GloboNews. Le présentateur annonce que dans 26 États, il y a eu des manifestations massives comme à São Paulo. La télévision montre en direct un cortège que je pense être celui de Rio de Janeiro. » C’est alors que le bistro tout entier applaudit et crie « Ele não ! » (Pas lui ! c’est-à dire Bolsonaro). Et, tous se mettent à taper sur les tables au rythme d’une « batucada »» (batterie de carnaval)« Elenão! Elenão! »