INDE Le peuple s’élève contre la décision de Modi d’établir l’Hindouisme comme religion d’État en Inde

Lettre de Nambiath Vasudevan, syndicaliste à Mumbai,
coordinateur du
Comité ouvrier international contre la guerre et l’exploitation,
pour l’Internationale ouvrière (COI)

Le 11 décembre dernier, le gouvernement de droite du Premier ministre de l’Inde Narendra Modi a fait adopter l’Amendement à la Loi sur la Citoyenneté (CAA) au Parlement. Cet amendement refuse le droit à la citoyenneté aux immigrants de religion musulmane qui vivent en Inde. Avec ce CAA, le gouvernement Modi se donne pour objectif de mettre en place un Registre national de la Population (NPR) destiné à devenir un Registre national des Citoyens (NRC) afin d’exclure les Musulmans. Des citoyens de différentes religions, des étudiants, enseignants, jeunes, avocats, médecins, scientifiques, artistes manifestent pour s’opposer au CAA, au NPR et au NRC et exiger que le gouvernement revienne sur sa décision d’utiliser la religion pour opérer une discrimination contre les citoyens.

C’est en Assam, État du nord-est de l’Inde, que les effets du CAA et du NRC se feront immédiatement sentir. La population de l’Assam et des régions avoisinantes manifeste contre la nouvelle loi. La police a tiré, tuant deux personnes. Plusieurs personnes ont été blessées et un très grand nombre arrêtées. Le gouvernement a imposé un couvre-feu. Les forces armées ont été appelées en renfort pour maitriser les manifestations.

L’État de l’Assam se trouve à l’est, sur la frontière avec le Bangladesh. Il y a beaucoup de Bangladais hindouistes et musulmans en Assam tout comme dans beaucoup de régions de l’Inde. En plus des Bangladeshis en Assam et ailleurs, on trouve en Inde des migrants venus du Népal, du Sri Lanka, du Bhoutan et du Tibet.

En 1971, le Pakistan oriental devint le Bangladesh. À l’époque où les Bangladais se révoltèrent contre la répression militaire au Pakistan oriental au début des années 70, l’Inde permit aux Bangladais de passer la frontière et de venir sur le territoire indien. Après la création du Bangladesh en 1971, beaucoup de Bangladais s’installèrent en Inde et un grand nombre continuèrent à venir pour s’y installer. En plus des immigrants venus du Bangladesh, des Bengalais venus du Bengale occidental en Inde s’installèrent aussi en Assam. Les habitants originaires de l’Assam virent d’un mauvais ooil l’augmentation des populations bengalaises et autres en Assam. De violents mouvements sociaux eurent lieu en Assam pour protéger la langue locale et l’identité culturelle de l’Assam. Les troubles prirent fin lorsqu’un accord fut trouvé pour identifier les populations non originaires de l’Assam. Selon une décision de la Cour suprême de l’Inde, des mesures furent prises pour aboutir à un NRC (Registre national des Citoyens). 

Au terme d’un long processus, le NRC aboutit à la conclusion que 1,9 millions de personnes ne possédaient pas les documents permettant de prouver qu’ils étaient citoyens indiens. Sur ces 1,9 millions, il se trouva que 1,5 millions étaient des hindouistes, or ce sont les hindouistes qui forment la base électorale du BJP. Il était donc politiquement suicidaire pour le gouvernement Modi d’expulser d’Assam 1,5 millions d’hindouistes. C’est pourquoi, astucieusement, le 11 décembre, le BJP a fait passer en force au parlement une décision aboutissant au CAA (Amendement sur la Loi sur la Citoyenneté) légitimant le droit des hindouistes à la citoyenneté et la refusant aux musulmans. 

La constitution interdit ce genre de discrimination basée sur la religion. Mais afin de justifier la suprématie de la majorité au parlement, le BJP explique que les hindouistes qui passèrent la frontière pour venir en Inde étaient une minorité persécutée au Bangladesh, au Pakistan et en Afghanistan, pays dirigés par des musulmans et qu’ils étaient venus se réfugier en Inde pour fuir la persécution. Le BJP prétend que c’est un devoir et une obligation pour l’Inde d’accorder la citoyenneté aux immigrants hindouistes. Aucun document n’atteste du fait que les hindouistes étaient persécutés dans les pays qu’ils ont quittés pour venir en Inde, ni s’ils demandaient l’asile parce qu’ils étaient persécutés. Ceux qui étaient nés en Inde n’avaient pas été persécutés. Il n’existe même pas de frontière commune entre l’Inde et l’Afghanistan et pourtant selon l’amendement CAA, les non-musulmans qui ont quitté l’Afghanistan peuvent prétendre à la citoyenneté indienne. 

Ceci pose une question. Si le seul critère était la persécution pour obtenir la citoyenneté indienne, pourquoi les musulmans persécutés ne peuvent-ils pas se voir accorder la citoyenneté en Inde? L’Inde n’a pas accepté les Monghyars venus du Myanmar. Pire encore, selon la version amendée de la loi, rien n’est prévu pour accorder la citoyenneté aux hindouistes du Sri Lanka qui se sont installés en Inde. Au Sri Lanka, les hindouistes constituent une minorité. Cette discrimination en matière de citoyenneté suscite la colère dans tout le pays.

Les apatrides sont relégués dans des camps de rétention. En Assam, ces camps fonctionnent déjà. Le BJP a dégagé des fonds pour créer des camps de rétention dans d’autres États également. Cela aussi suscite la colère.

Le plus grand exode au monde est encore présent dans les mémoires ; il s’est déroulé en 1947 lorsque l’impérialisme britannique fut obligé de mettre fin au gouvernement colonial après 250 années. Il a divisé le pays en 1947, créant l’Inde et le Pakistan. Cette division basée sur la religion a laissé des cicatrices et depuis ce temps, le Cachemire reste une région que les deux pays se disputent. L’Inde libérée adopta une constitution en 1949 et décida de devenir une république socialiste, laïque et démocratique. Le RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh), l’organisation dont est issu le BJP n’a jamais accepté les principes de base de la constitution indienne et a toujours considéré que la laïcité et le socialisme étaient incompatibles avec l’éthique indienne. L’Inde compte 200 millions de musulmans vivant en harmonie dans les différentes régions du pays.

Les gens sont descendus dans la rue partout en Inde contre le CAA, le NPR et le NRC. Dans le pays tout entier, le gouvernement dirigé par Narendra Modi s’oppose au peuple.

La colère ne se limite pas à l’amendement à la loi sur la citoyenneté. Le CAA n’est qu’un élément déclencheur. Le mécontentement latent était tangible dès la démonétisation de 2016 et même avant. L’Inde est sous l’emprise de la mondialisation impérialiste depuis 1990 et souffre des maux amenés par la volatilité d’une finance et d’un commerce mondialisés qui rendent le pays vulnérable. La vie des citoyens ordinaires ne compte pas. Moins de 5  % des 1 milliard 300 millions d’habitants ont bénéficié de la politique de développement mise en oeuvre par Modi et les gouvernements précédents. En 2014 le grand patronat indien a décidé de soutenir Modi comme Premier ministre et il a été présenté comme un modèle pour le développement, pour la fin de la corruption politique, pour favoriser la croissance industrielle selon un plan décidé par les capitalistes pour prendre des mesures hardies pour acquérir des terres afin d’implanter des usines, réformer le code du travail, impulser les privatisations, mettre fin à la domination du secteur public dans le secteur de la défense, des banques, des assurances, du transport et ainsi de suite. En 2014 Modi se vantait d’avoir l’ambition de créer une Inde nouvelle et mener ses 1,3 milliards d’habitants vers un avenir meilleur. C’est grâce au financement largement accordé à Modi par le patronat que le BJP a gagné les élections et pris le pouvoir.

Dès le moment où le BJP a pris le contrôle du gouvernement en 2014, il a mis en action une série de décisions néfastes calculées pour répondre aux exigences du patronat d’une part, et d’aitre part concentrer les attaques contre les musulmans et faire passer tous ceux qui s’opposent à la politique du BJP comme des opposants à la nation. Le climat d’intolérance et la psychose de peur occupent maintenant le devant de la scène. La haine contre les musulmans est tangible. Les musulmans indiens se retrouvent accusés d’être la cause de la division de l’Inde en 1947, de l’imbroglio du Cachemire, des escarmouches sur la frontière entre l’Inde et le Pakistan, et du terrorisme et de toutes ses manifestations en tous lieux.

Dans les États dirigés par le BJP, il est interdit de manger du boeuf. L’interdiction de vendre les bovins est considérée comme un but majeur à atteindre. Des musulmans ont été victimes de lynchages, accusés d’avoir des vaches et des boeufs en leur possession pour les abattre. Le BJP se présente comme le seul parti qui défend la nation et le patriotisme en Inde. Les médias, à la solde du grand patronat, chantent les louanges de Modi. Toute critique de la politique des dirigeants est soumise à des attaques virulentes. Juste avant les élections législatives en 2019, Modi s’est vanté d’avoir fait procéder à des frappes chirurgicales au Pakistan et plusieurs dirigeants du BJP ont juré de reprendre le Cachemire occupé par le Pakistan et d’en faire une région de l’Inde.

Durant le deuxième mandat de Modi en 2019, l’état de l’économie s’est encore aggravé. Le chômage est plus élevé qu’il y a 45 ans. De 8  % en 2014, la croissance du PIB est descendue à moins de 5  %. La décision absurde et brutale de démonétiser prise par le gouvernement Modi, aux termes de laquelle, en novembre 2016, 85  % des billets de banque en circulation ne pouvaient plus être utilisés comme moyen de paiement et l’introduction sans préparation de l’impôt unique national GST (Impôt sur les marchandises et les services) ont saccagé l’économie. Ces mesures ont causé la ruine de nombreuses activités économiques et la perte de 20 millions d’emplois. C’est l’homme de la rue qui a souffert et à cause de la démonétisation, 106 personnes sont mortes dans les files d’attente devant les banques. Malheureusement, le gouvernement ne veut rien reconnaître alors que ses propres experts financiers et économiques avaient prédit les dangers à venir.

En 2014 la classe moyenne et la jeunesse qui en avaient assez des innombrables scandales financiers qui régnaient à l’époque apportèrent leur soutien à Modi. Celui-ci promettait un emploi pour tous et disait qu’il allait rapatrier l’argent sale qui dormait dans les banques suisses, qu’il allait verser 1,5 millions de roupies (20 000 €) sur le compte en banque de chaque Indien. Durant cinq ans, le peuple a vécu une croissance sans création d’emplois ainsi que l’augmentation des prix d’une part, et d’autre part le climat délétère de la haine politique créé par la clique de Modi qui lui a aliéné la génération des jeunes qui avaient auparavant voté pour lui. Le gouvernement Modi ne donne aucune réponse aux revendications populaires pour l’emploi, la protection sociale, l’amélioration du système de santé et d’éducation. Régulièrement Modi parle de sa volonté de donner une leçon au Pakistan, fait de grandes envolées lyriques insipides taxant tous ceux qui le critiquent d’être des ennemis de la nation et des suppôts du terrorisme. Modi et le BJP ont répudié l’héritage de Nehru et chanté les louanges du Mahatma Ghandi et d’autres grandes figures historiques de la nation. Mais lorsqu’un député du BJP a célébré le meurtrier de Ghandi devant le parlement, Modi n’a pas dit un mot.

Au mois d’août dernier, dans le but de détourner l’attention populaire des sujets qui affectent l’existence de tous les jours, le gouvernement Modi a mis fin au statut spécial qui existait au Cachemire depuis 1947 et a divisé l’État du Cachemire en trois sections ; il a imposé aux habitants du Cachemire un black-out total des communications. Le Cachemire est un État en majorité musulman et le gouvernement Modi a pris cette décision ciblée en gardant en tête le vote des hindouistes dans les autres régions du pays. Au Cachemire, des dirigeants politiques de toutes tendances et des militants ont été emprisonnés dans des camps de rétention. Cinq mois après, le Cachemire reste sous contrôle militaire.

Un autre coup a été porté contre les musulmans lorsqu’il a été décrété que la pratique du triple talak était un crime. La loi a été adoptée au prétexte de libérer les femmes musulmanes du système inhumain de la répudiation, mais le véritable objet de la mesure était de faire apparaître les hommes musulmans comme des criminels et de les punir. Dans les faits, le nombre de musulmans qui se sont mariés trois fois et qui ont eu recours à la procédure du triple talak est infime.

Cela faisait longtemps que le BJP avait l’intention d’élever un temple au dieu hindou Rama, réputé être né à Ayodhya, à l’emplacement où depuis 500 ans s’élève une mosquée. Des fanatiques hindouistes ont démoli la mosquée Babri en 1992. Dernièrement la Cour suprême de l’Inde a décidé que l’emplacement de la mosquée devait être allouée aux hindouistes pour qu’ils y bâtissent le temple à Rama et que les musulmans devaient se voir accorder un autre terrain dans les environs. Ce jugement n’a fait que renforcer l’arrogance du BJP.

Tous ces événements se sont déroulés après le mois de juin 2019. L’abrogation de l’article 370 de la constitution de l’Inde concernant le Cachemire et le black-out prolongé ainsi que l’incarcération de tous les leaders de l’opposition ne sont pas du goût des opposants au BJP. Tandis que les habitants du Cachemire se voient refuser tout droit de décider de leur sort, le gouvernement Modi a balayé toutes les critiques et prétend que le Cachemire a été libéré de toutes les forces opposées à la nation.

En plus de ce qui précède, le gouvernement a décidé de s’attaquer aux étudiants qui critiquent la politique du gouvernement. Ces deux derniers mois, les étudiants de l’université de Dehli se sont opposés à des augmentations massives de droits d’inscription et d’utilisation d’autres services. Ils se sont opposés à l’attitude désinvolte des autorités administratives. Durant le premier mandat de cinq ans du gouvernement Modi, le RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh) (1) a manoeuvré pour placer ses sympathisants aux postes de contrôle des institutions de l’éducation et leurs sbires ont été nommés vice-chanceliers et administrateurs. Le BJP n’a pas réussi à étendre son contrôle sur les syndicats étudiants de Dehli. Les conseils d’étudiants élus comptent de nombreux opposants à l’idéologie du RSS. Les étudiants s’opposaient à la prétention du RSS que l’Inde ancienne avait des avions, des télévisions et une suprématie technologique. Beaucoup des sympathisants du BJP ont commencé à se dire que le gouvernement était en train de faire rétrograder le pays. Le gouvernement a pris des mesures pour ré-écrire l’histoire en faisant croire que les temps anciens donnaient les réponses aux problèmes nouveaux auxquels se confrontait la jeune génération. C’est ce que les jeunes ont rejeté.

Les étudiants dans les institutions d’enseignement d’élite s’opposent au bouclage des communications avec le Cachemire. C’est l’université Jawaharlal Nehru à Dehli qui a été choisie pour cible des attaques de Modi. Les étudiants ont intensifié leurs protestations. Le 15 décembre, les étudiants de l’université Jamia Millia Islamiyade à Dehli manifestaient contre les autorités. Pour contrôler la manifestation, les forces de police de Dehli (la police de Dehli est sous le contrôle direct du gouvernement Modi) ont pénétré dans les résidences étudiantes et dans la bibliothèque de Jamia, brutalisant les étudiants et les étudiantes. Il est strictement interdit à la police de pénétrer sur les campus sans autorisation expresse des autorités universitaires. Beaucoup d’étudiants ont été blessés et ont dû être hospitalisés. Les nouvelles des brutalités policières se sont répandues. Les étudiants de Jamia et d’autres universités de Dehli sont descendus dans la rue et se sont opposés à la police. Toute la nuit du 15 décembre, il y a eu des perturbations devant les portes du campus de Jamia à Dehli. Les habitants des quartiers avoisinants ainsi que les parents ont rejoint les manifestants. La police a tiré, blessant plusieurs personnes. Ces manifestations des étudiants contre les exactions de la police ont vite gagné d’autres universités. Ces manifestations sont liées au CAA (l’Amendement sur la Loi sur la Citoyenneté).

Les manifestations contre le CAA, le NPR et le NRC ont pris de l’ampleur à Calcutta. Le premier ministre de l’État du Bengale occidental était à la tête des manifestations où des centaines de milliers ont défilé dans les rues.

À partir du 15 décembre, l’Inde contre le CAA a changé le paysage politique en Inde. L’Uttar Pradesh (UP) est l’État le plus étendu en Inde, il est dirigé par le BJP. Le premier ministre de cet État est un prêtre hindouiste qui a déclaré que chaque manifestant serait puni. À ce jour, 19 personnes ont été tuées lors des tirs de la police dans différentes régions de l’Uttar Pradesh et plus de 70 ont été grièvement blessées. 7  000 personnes sont en état d’arrestation. Le gouvernement accentue la répression et a décidé de punir les manifestants sans délai. Leurs biens sont confisqués en plus des lourdes amendes qui leur sont infligées sous prétexte qu’ils sont responsables des incendies de véhicules et de bâtiments appartenant au gouvernement. Les attaques contre les manifestants pacifiques sont féroces dans les États gouvernés par le BJP.

Au Karnataka (État du sud de l’Inde gouverné par le BJP), deux personnes ont perdu la vie au cours de tirs de la police. Les manifestations sont désormais quotidiennes dans plusieurs villes y compris Bangalore.

Contre toutes ces exactions, des milliers ont envahi les rues de Dehli, Calcutta, Mumbai, Chennai, Bangalore et dans toutes les villes grandes et petites partout en Inde. Les étudiants et la jeunesse, musulmans ou hindouistes, sont partout en première ligne des manifestations. Ils font entendre leur voix pour défendre la démocratie, la laïcité et la culture pluraliste de l’Inde. Des millions de citoyens, quel que soit leur âge, leur religion, leur caste ont rejoint l’immense soulèvement contre le gouvernement Modi pour dire NON AU CAA, NON AU NPR, NON AU NCR. Les slogans s’opposent au fascisme, au majoritarisme (2). Dans son ensemble, la protestation est de gauche alors que ce sont les forces de droite qui sont au gouvernement.

Le gouvernement qualifie les manifestants d’adulateurs du parti du Congrès (3) et de suppôts du maoïsme, des partisans urbains du Naxal (PCI-M -Parti Communiste de l’Inde–Marxiste). Une législation impitoyable a permis l’arrestation et l’emprisonnement d’un grand nombre de militants et de penseurs indépendants.

Le BJP appelle ses sympathisants à manifester pour le CAA. Des manifestations pro- et anti- CAA se déroulent simultanément partout en Inde. À Mumbai, le 27 décembre, 30  000 personnes manifestaient contre le CAA. La manifestation se tenait sur une place peu éloignée du centre-ville. Le BJP tenait un meeting pro CAA le 27 décembre présidé par l’ancien Premier ministre du Maharashtra sur une autre place située à environ deux kilomètres. Selon la police 6  000 personnes assistaient au meeting du BJP. Le 19 août ce sont plusieurs milliers de personnes qui ont manifesté ensemble. Les manifestations sont quotidiennes et rappellent celles qui se déroulent au Chili, à Hong Kong, Baghdad et au Liban.

En Inde, aucune loi ne peut être appliquée sans l’aval des gouvernements d’État. Les États du Kérala, du Bangale occidental, du Rajasthan, du Punjab, du Madhya Pradesh, du Chhattisgarth, du Mahashtra, du Bihar, de l’Orissa et bien d’autres qui ne sont pas gouvernés par le BJP ont déclaré qu’ils ne coopéreraient pas avec les décisions du gouvernement fédéral discriminatoires contre les musulmans. Cela signifie que le CAA, le NPR et le NRC resteraient lettre morte. Le NPR est essentiel pour le recensement de 2021. L’Inde pratique un recensement tous les dix ans. Mais sous son format actuel, le NPR demande des informations qui sont préjudiciables aux droits à la citoyenneté aussi bien des hindouistes que des musulmans, c’est pourquoi il est rejeté aussi bien par la population que par les gouvernements d’État. En d’autres termes, le recensement lui-même n’aurait pas lieu si le gouvernement fédéral restait de marbre sur ses positions actuelles.

À l’exception du BJP, tous les partis politiques sont opposés au CAA, au NPR et au NCR. Entre le 1er et le 8 janvier se tiendront des manifestations nationales à l’appel des partis politiques tant dans les secteurs ruraux que dans les villes, appelant toute la population d’un bout à l’autre du pays. Les syndicats ont décidé une grève des travailleurs de tous les secteurs pour le 8 janvier. Le CAA, le NPR et le NCR sont désormais des problèmes à dimension nationale. À Mumbai, le Shiv Sena (4) s’apprête à faire de la grève du 8 janvier une épreuve de force. Le gouvernement d’État du Maharashtra est dirigé par le leader du Shiv Sena et une coalition d’alliés qui sont les deux tendances du parti du Congrès.

Il y a quelques mois, la couverture du magazine Time montrait Modi le décrivant comme le grand DIVISEUR. Modi fait la démonstration que la couverture de Time était juste. Le peuple de l’Inde s’oppose à la division du pays par la religion. Le combat qui nous attend va être long.

Nambiath Vasudevan

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(1) Le Rashtriya Swayamsevak Sangh, ou RSS (« Organisation volontaire nationale », ou encore « Organisation patriotique nationale »), est un groupe nationaliste hindou de droite et paramilitaire.

(2) Idéologie qui veut la suprématie absolue de la majorité et qui néglige les points de vue minoritaires.

(3) Un des principaux partis de l’Inde, parti de Ghandi et de Nehru.

(4) Le Shiv Sena est un parti politique indien nationaliste marathi, implanté dans l’État du Maharashtra et souvent décrit comme extrémiste.