REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO Derrière la guerre à Goma : le pillage par les multinationales
La ville de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu en République démocratique du Congo (RDC), est tombée le 26 janvier sous les assauts du groupe armé M23, suppléé par les troupes rwandaises (Goma est située à la frontière du Rwanda). Comme c’est le cas depuis trente ans, des milliers de civils ont fui les massacres, tandis que les forces armées congolaises (FARDC) se disloquaient.
Ce nouvel épisode tragique ne peut être compris qu’en rapport avec la nature de cette guerre : une guerre de pillage impérialiste du Congo par les multinationales (lire ci-dessous). Aucune motivation prétendument « idéologique », aucune soi-disant « haine ethnique » n’explique les combats. Le M23 – que des journalistes congolais désignent à juste titre comme des « entrepreneurs armés » – n’est rien d’autre qu’une milice terrorisant les populations civiles au compte des multinationales qui pillent les ressources du Congo.
Derrière le M23, il y a Paul Kagame, le président du Rwanda, « ami des Occidentaux », selon Radio France (28 janvier), qui précise sans détours : « Le Rwanda est une autocratie, aucun doute. Le régime Kagame muselle l’opposition. Et c’est lui qui pilote la milice M23. Les experts de l’ONU sont formels : les forces de défense rwandaises “contrôlent et dirigent de facto les opérations du M23”. Paul Kagame a envoyé de 3 000 à 4 000 hommes aux côtés d’un nombre équivalent de combattants du M23 pour s’emparer de Goma, la capitale du Nord-Kivu riche en ressources naturelles. »
Le ministre français des Affaires étrangères, Barrot, a « fermement condamné l’offensive ». Pure hypocrisie : les liens étroits entre le régime Kagame et la Ve République – et Macron en particulier – sont connus. C’est pourquoi la population de Kinshasa (capitale de la RDC) a manifesté devant l’ambassade de France à l’annonce de la chute de Goma. Derrière l’offensive contre Goma, il y a aussi l’administration américaine, qui voit d’un très bon œil l’affaiblissement du gouvernement congolais, jugé trop proche de la Chine.
« Le peuple travailleur de la RDC, comme tous les peuples, veut la paix et une vie digne »
La position du Comité pour le Parti démocratique indépendant des travailleurs et des paysans
« Nous sommes des militants ouvriers et paysans de la RDC qui avons décidé de nous constituer en un Comité pour le Parti démocratique indépendant des travailleurs et des paysans (PDITP). Notre pays est ravagé par pas moins de huit guerres depuis son accession à l’indépendance politique formelle du 30 juin 1960.
Aujourd’hui, des guerres déchirent des régions entières à travers la planète. (Le document évoque le génocide du peuple palestinien et la guerre impérialiste qui ravage l’Ukraine depuis trois ans, avant d’en venir à la guerre de pillage en RDC.)
Dans le cadre de la lutte acharnée pour ce pillage, nous notons que les États-Unis et l’Union européenne sont en train de réhabiliter les chemins de fer reliant la région de Lubumbashi à l’Angola au port de Lobito sur l’Atlantique. C’est le sens de la seule visite sur le continent africain que le président américain sortant, Joe Biden, a effectuée en Angola au début du mois dernier et du voyage du président angolais, João Lourenço, à la mi-janvier 2025 au président Macron, à Paris, pour le compte des intérêts des capitalistes français et de ceux de l’Union européenne. De l’autre côté, des groupes chinois ont entrepris de rénover le corridor Tazara (Tanzanie-Zambie) vers l’océan Indien pour le drainage et l’évacuation des minerais de la RDC.
La guerre dans notre pays et celles qui se déroulent ailleurs sont une même guerre : c’est la guerre de l’impérialisme pour le profit par le pillage des richesses des peuples, contre leur souveraineté. Le peuple travailleur de la RDC, comme tous les peuples, veut la paix et une vie digne ; la lutte contre la guerre et contre le pillage des richesses est celle des peuples du monde entier. Dans notre pays, sortir de la guerre et de la misère nécessite un gouvernement qui combat pour la paix, pour que les richesses de la RDC servent à satisfaire les besoins des Congolais, ce qui implique de chasser les troupes et les milices étrangères, d’expulser les multinationales et de nationaliser toutes les richesses minières sous le contrôle des travailleurs.
C’est pourquoi le Comité pour le PDITP est partie prenante de la préparation de la rencontre internationale d’urgence contre la guerre impérialiste globale à Paris en mars 2025. C’est pourquoi il est urgent de construire dans tout le pays des comités d’unité contre la guerre et l’exploitation, regroupant tous les travailleurs, paysans et jeunes, quels que soient leurs opinions politiques, pour l’unité des Congolais prenant en main leur destinée, pour construire leur souveraineté sur leurs richesses dans la coopération fraternelle avec les autres peuples du monde entier. »
Extraits de la Lettre de liaison n° 1 (janvier 2025) du Comité pour le PDITP
Trente ans de guerre, six millions de morts
La guerre ininterrompue depuis trente ans en RDC a provoqué le massacre de plus de six millions de femmes, d’hommes et d’enfants et le déplacement de force de sept millions de Congolais. La RDC est le terrain d’affrontements de plus d’une centaine de groupes armés, auxquels il faut ajouter des troupes étrangères de pays de la sous-région et les troupes de l’ONU, la MONUSCO qui compte plus de 20 000 hommes ! Ces groupes, armées, milices et mercenaires, qui terrorisent les populations (notamment dans le Nord-Kivu), permettent le pillage des richesses minières de la RDC par les grandes multinationales étrangères.
La RDC est qualifiée de « scandale géologique » par les scientifiques, puisque son sous-sol regorge de la totalité des éléments du tableau de Mendeleïev. Parmi eux, le coltan, dont on estime que 60 % des ressources mondiales se trouvent en RDC. Le tantale – métal qui en est extrait – est indispensable à la fabrication de condensateurs capables de stocker des charges électriques, de smartphones, d’ordinateurs portables, de tablettes, de consoles de jeux vidéo et d’appareils GPS.
Depuis avril 2024, la milice du M23 – liée au gouvernement rwandais – a pris le contrôle de la mine de Rubaya, le plus grand centre d’extraction de coltan de RDC. Longtemps cliente de ce « minerais de sang », la multinationale américaine Apple a affirmé, en décembre 2024, avoir cessé de s’y approvisionner après des mois de procédures judiciaires engagées par le gouvernement congolais.
Dossier réalisé par Paul Nkunzimana et nos correspondants
