CHINE/HONG KONG Libération de tous les militants syndicaux arrêtés et abandon de toutes les poursuites !

Le 6 janvier 2021 dans la matinée, dans le cadre d’une vague d’arrestations, Carol Ng, présidente de la Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU), Winnie Yu Wai-ming, présidente du Syndicat du personnel hospitalier et d’autres militants de la HKCTU ont été arrêtés.

Interview de Carol Ng, présidente de la Confédération syndicale de Hong Kong/Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU)

Tu as été arrêtée le 6 janvier. Peux-tu nous raconter ? 

Carol Ng : « Cela s’est passé aux alentours de 6 heures du matin. À cette heure-là, tout le monde dort encore à Hong Kong. C’était le cas chez moi. Tout à coup, il y a eu une longue sonnerie ininterrompue à la porte. Il a fallu que je réponde pour que cela s’arrête. C’était la police qui m’annonçait qu’elle venait m’arrêter pour infraction à la loi de sécurité nationale. 

La police me reproche d’avoir participé aux élections primaires organisées l’été dernier dans le but de choisir les meilleurs candidats possibles aux élections législatives. Ils m’ont demandé de les suivre au poste de police. 

Tôt le matin, personne n’est prêt à une telle chose, surtout devant ma fille, ma famille. Il n’y a que des femmes dans mon foyer. Et nous nous sommes retrouvées face à six policiers au petit matin. J’ai heureusement pu contacter un avocat. Mes 36 heures de garde à vue ont été épuisantes. Depuis, j’ai été relâchée sous caution. Mais depuis lors, je suis sous la surveillance constante de la police. 

Avant de partir pour le poste, les policiers ont fouillé tout mon appartement. Ils ont tout retourné, sorti tous les papiers et ont emporté des documents, ainsi que mon ordinateur, deux tablettes et des téléphones portables. La fouille a duré deux heures. Les voisins étaient également très inquiets (à Hong Kong, les familles vivent toutes dans de grands immeubles et les voisins entendent tout ce qui se passe sur le palier). Pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvée avec des menottes aux poignets. Quand les policiers ont voulu m’imposer de m’encagouler, j’ai refusé. Je leur ai dit : « Je ne suis pas une meurtrière ! ». » 

Qu’est ce qui t’est reproché ? 

C.N. : « Ces accusations sur l’organisation des primaires sont une manipulation. En réalité, je suis visée comme présidente de la HKCTU. Je me suis présentée aux primaires au nom de la HKCTU et du Labour Party. Le combat pour changer les choses commence par la politique. Et la politique commence par se présenter aux élections. M’accuser d’avoir participé à la primaire au nom de l’HKCTU dépasse les bornes. Les élections sont garanties par la loi fondamentale de Hong Kong. À travers moi, c’est la HKCTU qui est visée comme syndicat. Le régime ne nous voit donc pas d’un bon œil. C’est aussi une attaque contre les droits ouvriers, le droit à s’organiser et le droit à la négociation collective. » 

Quels sont les autres militants ouvriers arrêtés ou poursuivis ? 

C.N. : « 53 militants ont été arrêtés, dont moi. Tous ont été candidats aux primaires ou en ont été les principaux organisateurs. D’après nos informations, ils sont tous dans une situation similaire à la mienne. J’ai connaissance de deux cas d’arrestation très violente, où la police a défoncé la porte eta utilisé la force. Pour ma part, c’est la première fois que je suis accusée, mais pour beaucoup d’autres qui ont déjà été arrêtés, ils risquent des peines plus lourdes à cause de la récidive. Le régime cherche à multiplier les inculpations. 

Ils ont réparti les femmes et les hommes dans des commissariats différents. Pendant les interrogatoires, on nous demandait sans cesse de répondre aux mêmes questions. Nos avocats subissaient aussi des pressions. Ils devaient courir d’un poste de police à l’autre pour vérifier que leurs clients n’étaient pas victimes de mauvais traitements. » 

Nous avons suivi avec intérêt le mouvement de constitution de nouveaux syndicats à HK dans la dernière période. Quelle est ton appréciation ? 

C.N. : « Un grand nombre de nouveaux syndicats se sont constitués dans la dernière période. Certains se sont affiliés à l’HKCTU. Ils sont représentatifs de différents secteurs très difficiles à organiser jusqu’alors. C’est le cas du personnel médical des hôpitaux publics qui n’était pas organisé auparavant. Aujourd’hui ils ont constitué un syndicat qui enregistre 20 000 nouveaux membres. Le secteur des services financiers en est un autre exemple : il s’agit souvent de jeunes employés de banque qui gagnaient bien leur vie. Mais depuis la mobilisation de 2019, c’est un secteur qui a été très touché. Aujourd’hui, ils veulent faire bouger les choses et ont constitué un syndicat. De la même façon, chez les enseignants, seuls les enseignants d’université avait une tradition de discussion politique, aujourd’hui les enseignants de tous niveaux s’organisent, de la crèche jusqu’au lycée. 

Il y a aussi un mouvement vers les syndicats dans les secteurs les plus précaires comme les travailleurs de nettoyage ou des compagnies de gestion de biens immobiliers. 

Ces nouveaux militants sont souvent jeunes et déterminés à faire changer les choses. Ils veulent changer la politique du gouvernement et changer le régime. Le gouvernement doit écouter. 

La covid a affecté beaucoup d’emplois. Beaucoup de salariés ont été mis au chômage partiel ou en congé sans solde. Il y a eu énormément de licenciements. Tout le monde attendait du gouvernement qu’il prenne des mesures pour les travailleurs. Mais le plan de soutien à l’emploi du gouvernement permet aux employeurs de demander de l’argent au gouvernement, sans aucune garantie qu’il soit ensuite distribué aux travailleurs. 

Le gouvernement a donné 17 milliards de dollars Hong Kong (1,8 milliards d’euros) à Cathay Pacific. Cela n’a pas empêché l’entreprise de licencier 5 000 salariés et de liquider sa filiale Cathay Dragon. Il y a quelques mois, la direction a annoncé aux syndicats du personnel navigant et des pilotes qu’elle ne voulait plus de négociation collective. C’est inacceptable. L’entreprise utilise la pandémie, tout comme le gouvernement manipule la situation, pour remettre en cause le droit à la négociation collective et à l’organisation. C’est une attaque majeure contre le syndicat. » 

Quelle campagne de solidarité internationale ? 

C.N. : « Il est très important que les organisations syndicales internationales se mobilisent, que les appels des syndicats nationaux se multiplient. Nous en appelons à la solidarité des syndicats pour qu’ils s’adressent à Cathay dès lors qu’un de leurs avions touche le sol dans un pays. Il faut que le gouvernement de Hong Kong change de politique, qu’il respecte les droits démocratiques élémentaires, ce qui inclut le droit à la participation aux élections. Il doit garantir les droits ouvriers, ce qui inclut le droit à la négociation collective et le droit à l’organisation. Les droits politiques des travailleurs ne doivent pas être réprimés »  

Propos recueillis le 11 janvier par G. Favre.