IRLANDE Une victoire contre les contrats zero heure :
un point d’appui dans le combat contre l’exploitation

Nous avons publié la semaine dernière l’appel de 407 militants ouvriers de 52 pays ont lancé un appel à une conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière, les 5 et 6 novembre 2020. (Nous publierons prochainement une nouvelle liste). 
Parmi eux, Ciaran Campbell, signataire au nom du syndicat Mandate (travailleurs du commerce) en Irlande. Il a la parole.

Mandate a remporté une victoire contre ce que l’on appelle les contrats de travail zéro heure. Peux-tu nous en dire plus ?

Ciaran Campbell

Ces contrats ont pour caractéristique que l’employeur ne mentionne dans le contrat aucune indication de durée minimum de travail. Le salarié est rémunéré uniquement pour les heures travaillées, il doit pouvoir se rendre disponible à n’importe quel moment de la journée. Ces contrats se sont multipliés dans le cadre de la politique de flexibilité et de compétitivité préconisée par l’Union européenne. La campagne menée par notre syndicat Mandate pour une loi interdisant ces contrats a abouti à un succès. Ce sont des centaines de milliers de travailleurs irlandais qui vont en bénéficier. 

Quelles sont les principales dispositions de cette loi ? 

La nouvelle loi interdit non seulement ce type de contrat, mais elle oblige les patrons à informer tout employé de ses conditions concrètes de travail et de rémunération dans les cinq jours qui précèdent le début du travail. Si un contrat est signé et que le patron n’a pas de travail à fournir immédiatement, l’employé sera quand même payé au salaire minimum. 

C’est un acquis pour toute la classe ouvrière irlandaise ? 

Oui, c’est vraiment un des acquis les plus importants des dernières décennies. Comme l’explique notre secrétaire général, John Douglas, « nous avons mis fin à une situation où les employés de Dunnes (grande entreprise de vente au détail – ndlr) pouvaient se voir proposés quinze contrats horaires. Ce que nous avons obtenu offre une plus grande sécurité financière. » Nous l’avons obtenu grâce, en grande partie, au combat mené par les travailleurs de Dunnes, qui ont commencé à combattre les contrats zéro heure en organisant la grève dès 2015 avec leur syndicat Mandate. C’est là que tout a commencé. Mandate a appelé ses adhérents et tous les travailleurs de ce secteur et leur famille à organiser la campagne. Ils se sont également tournés vers les parlementaires et les élus municipaux pour leur demander de prendre position, pour surmonter ainsi l’opposition du patronat et des partis à son service. 

En quoi est-ce un point d’appui ? 

Ce n’est pas totalement ce que nous voulions, mais c’est une protection en matière de durée du travail et de revenu, notamment pour les salaires les plus bas. Cela montre ce que l’on peut obtenir si on se bat. Cela permet d’aller plus loin. C’est un pas dans le combat contre l’exploitation. 

Propos recueillis par Jean-Pierre Barrois