CHINE Le gouvernement chinois n’est pas disposé à ralentir sa politique répressive 

Le Comité ouvrier international a été informé d’un document que fait circuler la Hong Kong Confederation of Trade Unions (HKCTU), informant le mouvement ouvrier international que « depuis 2015, le mouvement ouvrier chinois est entré dans une période très difficile. Il est évident que le gouvernement chinois n’est pas disposé à ralentir la vague de répression engagée depuis. Vous trouverez dans cet article la liste de ces mesures répressives, pour mieux comprendre l’état actuel du mouvement ouvrier chinois. » La HKCTU appelle à une semaine de mobilisation du 25 au 30 mars.

Les militants ouvriers placés en détention et poursuivis pénalement en 2015

Le 3 décembre 2015, sur ordre du gouvernement de la province de Guangdong, plus de 25 militants pour les droits ouvriers étaient placés en détention et poursuivis pénalement. Plusieurs membres d’ONG [NdT : il s’agit en fait de centres ouvriers d’assistance juridique] furent la cible de ces mesures. Meng Han, Zhu Xiaomei, Tang Huanxing et Zeng Feiyang furent accusés d’avoir « rassemblé une foule pour perturber l’ordre social », ces faits sont liés à leur implication en 2014 dans l’organisation des travailleurs lors des grèves dans les usines de sacs Cuiheng et de chaussures Lide. He Xiaobo a été condamné pour « prévarication ». Deux membres d’ONG, Deng Xiaoming et Peng Jiayong, furent ensuite libérés et raccompagnés à leur domicile par des officiers de police. He Xiaobo a été libéré sous caution le 7 avril 2016 et a lui aussi a été pris en charge et surveillé par la police. Le 26 septembre 2016, Zhu Xiaomei et Tang Huanxing ont été condamnés à 18 mois de prison avec 2 ans de privation de leurs droits civiques ; Zeng Feiyang a été condamné à 3 ans de prison et 4 ans de privation de ses droits civiques. Meng Han s’est vu signifier une condamnation de 21 mois de prison le 3 novembre 2016 qu’il a dû accomplir dans sa totalité. Ces condamnations les ont empêchés d’accomplir leur travail de défense des droits ouvriers, ce qui a eu pour conséquence d’interrompre le travail d’organisation des ouvriers dans les conflits sociaux collectifs en cours.

Li Tingyu et Lu Yuyu

Lu Yuyu et Li Tingyu, qui sous le pseudonyme « non-news » (« méchante-femme ») ont documenté et publié sur internet des faits concernant des grèves et conflits sociaux, ont été arrêtés et accusés en juin 2016 d’« incitation et organisation de perturbations de l’ordre social ». En avril 2017, Li Tingyu a été assignée à résidence dans un procès secret dont le jugement n’a pas été rendu public. Lu Yuyu a été condamné à 4 ans de prison à Dali, dans la province du Yunnan le 3 août 2017. Lu a fait appel mais le tribunal a confirmé le verdict et la condamnation le 25 septembre. Les avocats de Lu ont fait remarquer que les faits incriminés émanaient principalement de sources officielles et que donc les accusations étaient totalement sans fondement.

Hua Haifeng

Trois militants ouvriers, Hua Haifeng, Li Zhao et Su Heng, qui avaient mené une enquête clandestine sur les conditions de travail des ouvriers fabriquant des chaussures pour la marque Ivanka Trump, ont été arrêtés par la police de la province du Jiangxi le 30 mai 2017. On a appris que les trois militants avaient rassemblé les preuves de violations des droits du travail et d’infractions au code du travail. Ils ont été détenus pendant presque un mois et libérés le 28 juin. On leur a interdit de révéler les conditions de travail des ouvriers de l’usine Huajian. Ainsi, la direction de cette usine n’a pas pu être poursuivie pour violation du code du travail.

Les protestations des travailleurs de Jasic

En mai 2018, les ouvriers de Jasic Technology à Shenzhen en lutte pour l’amélioration de leurs conditions de travail ont cherché l’appui du syndicat. La Fédération des syndicats du district de Pingshan leur a recommandé de former une section syndicale. Les délégués du personnel Mi Jiuping et Liu Penghua déposèrent une demande officielle de constitution d’une section auprès du représentant syndical local comme le prévoit la loi. Ils réussirent, dans le respect des consignes syndicales, à mobiliser et organiser un groupe de travailleurs en vue de leur adhésion au syndicat. Cependant, le 12 juillet 2018, Huang Jianxun, le vice-président du syndicat officiel du district de Pingshan, avec quatre permanents syndicaux ainsi que le directeur général adjoint de l’entreprise Xia Ruyi et le directeur des humaines ont rencontré le représentant du personnel Mi Jiuping pour lui signifier que la formation de la section syndicale était illégale. Ce qui eut pour conséquence le licenciement de Mi et de Song Yao, un autre ouvrier.

Le 20 juillet, les représentants du personnel dont Mi, Song et Liu sont allés travailler comme à leur habitude, mais ils en furent violemment empêchés par des vigiles. Ensuite, ils furent tabassés et arrê- tés par la police et placés en détention en vue de poursuites pénales, ce qui mit un point final à la lutte des ouvriers de l’usine de Jasic. La police a arrêté de nombreux travailleurs et militants du groupe de soli- darité avec les travailleurs de Jasic, formé essentiellement par des étudiants de socié- tés marxistes de différentes universités. Parmi eux, Shen Mengyu a été enlevée par des inconnus le soir du 11 août. Le soir du 24 août, la police a perquisitionné le local du groupe de soutien et arrêté Yue Xin, Gu Jiayue et bien d’autres. Bien que le conflit social soit terminé, la répression contre les membres du comité de soutien a continué. Ainsi, à la date du 5 mars 2019, plus de 40 travailleurs, étu- diants, personnels du syndicat ont été arrêtés alors que les étudiants des sociétés marxistes continuent à subir les persécu- tions de la police et des autorités univer- sitaires.

He Yuancheng

Le 20 janvier 2019, Zhang Zhiru, Jian Hui, Song Jiahui, Wu Guijun et He Yuancheng ont été arrêtés par la police de Shenzhen à Guangzhou, Shenzhen et Changsha. Pour le moment, seul He Yuancheng a pu voir son avocat. Pour les autres, qui sont privés de l’assistance d’un avocat, leurs familles sont continuellement persécutées par les autorités. Ainsi, le 5 mars 2019, leur arrestation a été confirmée officiellement sous l’accusation de « rassemblement d’une foule en vue de perturber l’ordre social ». Depuis, il n’y a pas eu de confirmation des raisons de leur détention. Une chose est certaine, c’est qu’ils risquent de longues peines d’emprisonnement.

Ces cinq cas de répression contre le mouvement ouvrier par le gouvernement chinois sont ceux qui ont reçu le plus de couverture médiatique depuis décembre 2015 et qui prouvent la nature répressive du gouvernement chinois. L’impressionnant taux de croissance de l’économie chinoise est fondé sur la collusion entre le gouvernement et les milieux d’affaires ainsi que sur l’exploitation des travailleurs dans les usines. Quand l’économie ralentit et que les salaires décrochent par rapport à l’inflation, les travailleurs sont les premières victimes et les conflits sociaux augmentent inévitablement.

Cependant, le Parti communiste chinois, fondé sur les principes du socialisme, fait semblant de ne pas voir les revendications des travailleurs et se rend complice avec les milieux des affaires pour réprimer le mouvement ouvrier. Il s’oppose violemment et frontalement et même arrête les étudiants ou tous ceux qui soutiennent les ouvriers.

Ces faits prouvent l’apathie du gouvernement pour les droits ouvriers et le maintien de l’exploitation des travailleurs au nom du « rêve chinois » pour que la richesse produite soit dans les mains d’une minorité. Le gouverne- ment chinois a fait le choix d’ignorer les souffrances et les revendications ouvrières ainsi que les violations des droits et libertés démocratiques de s’associer, de s’organiser et de faire grève. Confrontés à une telle injustice, les travailleurs vont continuer à résister à la répression gouvernementale.

HKCTU,

vendredi 15 mars 2019