ÉTAT ESPAGNOL La République catalane en procès à Madrid

Haute institution de la monarchie espagnole, le Tribunal suprême a refusé d’admettre les observateurs internationaux au procès des dirigeants de la Généralité de Catalogne et d’associations, qui seront jugés à Madrid à partir du 12 février.

Pedro Sanchez, président « socialiste » du gouvernement de la monarchie (un gouverne- ment, rappelons-le, soutenu par Podemos), est allé le 7 février à Strasbourg devant le Conseil de l’Europe et le Tribunal européen des droits de l’homme pour vanter les mérites des institutions de l’État espagnol. Il a rappelé que l’État espagnol avait adhéré au Conseil de l’Europe en 1977, c’est-à-dire au lendemain de la mort de Franco, lorsque les dirigeants du Parti socialiste et du Parti communiste « négociaient » la restauration de la monarchie, exigée par Franco avant sa mort, et la préservation des principales institutions de la dictature dans la Constitution de 1978. Une Constitution que Sanchez a qualifiée de « pleine démocratie, moderne et avancée » !

Le procès des dirigeants catalans, jetés en prison il y a près d’un an et demi pour le seul «crime» d’avoir soutenu le référendum du 1er octobre 2017, est une illustration de cette prétendue « démocratie moderne » !

Le Tribunal suprême a ainsi tout fait pour tenter d’empêcher les avocats de transmettre les dossiers qu’ils avaient constitués au Tribunal européen des droits de l’homme. Quant aux conditions de transfert et de détention des prisonniers, des prisons catalanes vers les prisons madrilènes de Soto del Real, pour les hommes, et d’Alcalá Meco, pour les femmes, elles donnent elles aussi une idée de cette « démocratie moderne et avancée » : 600 kilomètres dans un bus comportant des cellules de la taille de toilettes d’avion pour rejoindre des cellules non chauffées. Josep Rull, l’un des inculpés, indique : « À la prison de Soto del Real, tout près de la Sierra de Guadarrama, il n’y a que deux heures de chauffage par jour. Les cellules sont de véritables glacières. De nombreux prisonniers nous disent qu’après le déjeuner ils se mettent au lit. Du jamais vu. Et pourtant nous ne fléchirons pas. »

Des mobilisations à l’initiative de l’Assemblée nationale de Catalogne (ANC) et de l’Òmnium Cultural sont annoncées en Catalogne et aussi à Madrid dans les semaines qui viennent.

Comme l’écrit le bulletin La Internacional (n° 21, 6 février 2019) : « Il convient de rétablir les faits, lorsque certains médias, partis et groupes de “gauche” nous disent que vont être jugés des “républicains catalans” ou des “leaders indépendantistes”. Non ! Le tribunal franquiste va juger les représentants légitimes du peuple de Catalogne, de son gouvernement et de sa majorité parlementaire, qui, respectant le mandat qu’ils avaient reçu des électeurs, ont convoqué un référendum d’autodétermination (le 1er octobre 2017 – ndlr) après plusieurs tentatives infructueuses d’arriver à un accord avec l’État espagnol, accord rejeté par tous ses défenseurs au nom du respect de la légalité monarchique. »

C’est bien la République catalane et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui sont en procès à Madrid ! 

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